Le convoi funèbre transportant sa dépouille est passé comme prévu à Matanzas (centre de Cuba, à une centaine de km de La Havane) où plusieurs milliers de personnes attendaient sous un soleil de plomb pour le saluer au passage.
La passion des voyages avait poussé l’adolescent argentin Ernesto Guevara de la Serna à parcourir l’Amérique latine en vélo, à moto ou en canoë. Le jeune révolutionnaire avait ensuite fait plusieurs fois le tour du globe comme envoyé spécial de Fidel Castro devant les Nations Unies, l’Organisation des Etats américains (avant l’expulsion de Cuba à l’instigation de Washington), et auprès des pays frères socialistes du monde entier.
La bougeotte, alliée à sa soif d’aventures révolutionnaires, l’avait ensuite mené en Afrique. Il y a tout juste 30 ans sa trajectoire devait finalement être brisée à l’âge de 39 ans en Bolivie où il menait un détachement de guérilleros qui avait pour ambition d’exporter la Révolution et d’embraser le continent.
Son corps, jeté dans une fosse, n’a été découvert et identifié qu’en juillet dernier avant le retour dans sa patrie d’adoption.
Pour son dernier voyage — 300 km de La Havane à Santa Clara — le convoi funèbre transportant sa dépouille a emprunté l’ancienne «Route Centrale», celle-là même que le «Che» avait parcouru en vainqueur en décembre 1958 après avoir bousculé et mis en déroute à Santa Clara les troupes du dictateur Fulgencio Batista.
Plusieurs milliers de Havanais — massés le long des avenues et du boulevard du front de mer de La Havane, le Malecon — ont silencieusement salué une dernière fois le «Che» au fugace passage du convoi funèbre qui a quitté la capitale cubaine à une allure soutenue.
Dès les premières lueurs du jour les habitants des différents quartiers de la capitale s’étaient dirigés vers les postes qui leur avaient été assignés par le journal télévisé de la veille au soir sur un ton monocorde, avec pour toute illustration un plan rudimentaire de la capitale.
Les «restes immortels»
Ce type d’encadrement d’une manifestation de masse ne se voyait pas à La Havane depuis les années 1980, lorsque le régime organisait la réception en grande pompe des plus hauts dirigeants d’Union Soviétique ou des pays socialistes frères, relèvent les observateurs.
Plus de 200.000 personnes ont défilé durant trois jours devant les «restes immortels» exposés au monument dominant la Place de la Révolution de La Havane. Les ossuaires du «Che» et de six de ses compagnons de Bolivie seront de nouveau exposés durant deux jours à Santa Clara avant leur inhumation dans le monument qui y est dédié au «guérillero héroïque».
Vendredi soir, au sortir du 5e Congrès du Parti communiste cubain (PCC, au pouvoir), Fidel Castro avait assuré en personne la première veille solennelle avec le nouveau Bureau Politique du parti fraîchement élu.
Un Cubain s’était incliné lundi soir à 18 reprises devant l’ossuaire contenant les restes du «Che». Il a annoncé à une journaliste de la télévision officielle vouloir parvenir à un total de 30 passages — soit un par année depuis la mort du «Che» —, dût-il pour cela se rendre à Santa Clara(centre de Cuba).
Les Cubains adeptes des religions afro-cubaines ont pour coutume de faire des vœux — des «promesses» — à leurs divinités en échange de faveurs.
Trois des quatre frères et sœur du «Che» — Roberto, Juan Martin et Celia — assistaient aux hommages funèbres à Cuba. L’ancien président nicaraguayen Daniel Ortega était également présent avec d’autres personnalités de la gauche latino-américaine. (AFP)


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