Un armistice a été conclu ce week-end entre LVMH (Moët Hennessy-Louis Vuitton) et Guiness, au terme de cinq mois d’une rude bataille médiatique et boursière engagée par le groupe français pour s’opposer au rapprochement des deux anglais.
Leur fusion, dont Bernard Arnault, PDG de LVMH, craignait de ressortir marginalisé, devrait maintenant se faire à la mi-janvier 1998. Elle donnera naisance à GMG Brands, groupe au chiffre d’affaires de plus de 21 milliards de dollars (125 mds FF).
Grâce à ses participations d’un peu plus de 11% dans Guinness et GrandMet, LVMH en sera le premier actionnaire, avec une part sensiblement équivalente.
L’accord prévoit également le versement d’une somme de 250 millions de livres (406 millions USD) après approbation de la fusion. Avec les 250 autres millions de livres que GMG Brands versera à LVMH au titre de «superdividende», le groupe français devrait récupérer au total près de 850 millions de dollars.
Par ailleurs, le réseau mondial de distribution commun de vins et spiritueux entre LVMH et Guiness va être renforcé en s’ouvrant aux marques de GrandMet (whisky J&B, vodka Smirnoff, etc.). Le groupe français contrôlera l’ensemble des dix joint ventures, à l’exception de celles de Taïwan et de Taïlande.
«Nous disposerons ainsi du portefeuille de marques le plus prestigieux du monde», indique-t-on chez LVMH.
Il reste que Bernard Arnault a dû ravaler son idée de «mariage à trois» dans le seul domaine des vins et spiritueux, pour laquelle il s’est battu tout l’été.
LVMH sera bel et bien présent dans un groupe qui mélangera les alcools (y compris la bière) aux glaces Haagen-Daazs, au maïs Géant vert ou aux hamburgers de Burger King. Un rapprochement «sans cohérence», a toujours dit M. Arnault.
L’idée du roi du luxe était plutôt de scinder les activités de Guinness et GrandMet pour regrouper leurs vins et spiritueux dans une seule société, que M. Arnault envisageait au début de contrôler à 35% avant de se montrer moins gourmand.
Mais la détermination des Britanniques, farouchement opposés à toute scission jugée trop coûteuse, a finalement eu raison de celle du hussard français.
«Il faut savoir arrêter un conflit et ne pas s’entêter», a commenté lundi Bernard Arnault, en parlant d’une «troisième voie» et d’une «paix négociée».
Le patron français n’avait pourtant pas hésité à faire jouer la grosse artillerie, dépensant près de 13 milliards de francs (2,2 mds USD) pour devenir le premier actionnaire de GrandMet et faire entendre sa voix.
Mais le président de LVMH n’a sûrement pas dit son dernier mot. Tenu à l’écart du mariage, il a finalement réussi à rentrer dans la bergerie avec une place au conseil d’administration, où il compte bien se faire entendre. (AFP)

