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Actualités - Reportage

Un nouvel espoir pour le développement de Baalbeck-Hermel

Dans cette région marginalisée du Liban et spécialement dans le tristement fameux triangle situé entre Yamouné et Deir el-Ahmar, de multiples promesses depuis plus de sept ans qui sont restées sans suite ont conduit la population vers le désespoir et une désaffection totale vis-à-vis des pouvoirs locaux et des instances internationales. Pour autant, c’est à travers ce peuple de montagnards qui survit par miracle que le véritable génie libanais renaît. Sous l’impulsion d’un médecin, des villageois se regroupent, puis se joignent à d’autres village alentour afin de créer, sur place, un tissu économique destiné pour le moins à redonner sa dignité à ce peuple.
Est il nécessaire de rappeler qu’après l’éradication par l’armée des cultures de drogue, dans la région de Baalbeck-Hermel, nombre de promesses ont été prodiguées au départ par le gouvernement libanais lui-même, puis ensuite par les Nations Unies. Des projets essentiellement en dotation financière devaient remplacer une manne économique représentant pas moins d’un milliard de dollars par an pour les familles de cette région. Quelques déclarations de bonnes intentions portant sur environ cent millions de dollars avec pour résultat, au bout de ... sept ans d’attente, un financement n’excédant pas quelques dizaines de millions de dollars, sans plan d’action réel à l’exception d’un plan de développement du PNUD, louable mais complètement surdimensionné par rapport à ses moyens financiers.
Résultat, un échec complet sur le terrain suscitant la colère des paysans floués envers les autorités de tutelle et les «bienfaiteurs» de tous poils dont les efforts, toujours positifs, mais mal gérés ont conduit cette région, déjà difficilement administrable, vers un climat de poudrière socio-économique. Selon des observateurs, malgré la vigilance de l’armée, certaines cultures illicites auraient même repris dans cette région.

Un agriculteur
français ouvre le dialogue

Au milieu de ce marasme, un médecin soucieux de sa région prend contact avec la Chambre de commerce et d’agriculture de Zahlé afin d’y trouver quelques éléments d’espoir pour le développement de l’économie locale. De cette démarche va naître une rencontre heureuse entre les villageois de Ainata et un expert français, agriculteur lui-même et recruté dans le cadre d’un accord entre la Chambre de l’Oise et celle de Zahlé. Au départ, les paysans déjà échaudés sont suspicieux devant ce Français dont pourtant les expériences de développement en Afrique noire ont été fort concluantes. Mais rapidement le dialogue permet de retrouver les vraies valeurs constructives. «Avec tant de promesses et d’aussi mauvais conseils durant des années, la plupart des agriculteurs libanais ont perdu ce qu’il y a de plus précieux en eux: le bon sens. Pourquoi chercher à développer des cultures nouvelles dont personne sur le terrain n’a la maîtrise et pour lesquelles les financements ne suffiront pas pour aller jusqu’au bout d’une culture réussie?» nous confie M. Serge Carmentran. En mission pour environ quatre ans, M. Carmentran, depuis un an au Liban, estime que la plupart des agriculteurs de la plaine de la Békaa sont des investisseurs agricoles avant d’être des agriculteurs; ils voient le profit à court terme sans se rendre compte des répercussions de la pollution due aux intrants utilisés sans discernement. «Au Liban, les traitements sont en moyenne de 50 à 60% supérieurs aux doses admises en Occident. Certains traitements sont réellement dangereux pour la santé du consommateur et les nitrates déversés dans les nappes phréatiques risquent de rendre impropres à la consommation les eaux du Liban d’ici quelques années», nous déclare l’expert français. Homme de terrain avant tout, M. Carmentran pense que l’urgence est dans la vulgarisation et la formation de techniciens agricoles. «Trop de jeunes sont formés uniquement en université; ces ingénieurs en herbe n’ont souvent aucune idée du travail de terrain. De l’autre côté, les paysans libanais sont très peu cultivés sur les méthodes modernes de culture. Dans ces conditions, comment peut-on imaginer introduire des cultures nouvelles, voire des cultures sophistiquées?» s’insurge le coopérant.

Des solutions de bon sens

Si l’on prône actuellement l’agroalimentaire comme solution salvatrice de l’agriculture libanaise, encore s’agit-il de définir les secteurs dans lesquels les productions libanaises seraient compétitives. Ainsi, peut-on raisonnablement croire qu’avec un coût de production aussi élevé qu’au Liban (huit fois le coût en France, pour la location des terres!) le coulis de tomate, voire les pommes de terre conditionnées ou encore même les laitages libanais auraient voix au chapitre sur le marché régional ou international? Par contre, les conserves de haricots ou de fruits frais ou bien encore de confitures pourraient être au «top» si les normes internationales sont respectées.
En fait, selon l’expert français, pourquoi ne pas débuter des projets intégrés grâce auxquels les populations se fixeraient dans leur région d’origine? Il s’agit par exemple, pour la région de Ainata ou Deir el-Ahmar ou encore de Yamouné, de planter de nouvelles variétés de pommiers adaptées à l’altitude, mais aussi aux nouveaux marchés mondiaux. Cette culture est, dans ces régions, ancestrale et les paysans locaux y excellent; il suffit donc d’augmenter la productivité et d’instruire pour une qualité meilleure. A cela, ajoutez quelques artisanats effectués par les femmes et vous pouvez imaginer des produits à l’égide d’une marque spécifique être vendus à l’extérieur, mais aussi sur place dans le cadre de circuits touristiques qui vont en se développant dans la région. De petites unités hôtelières pourraient même être créées et enfin la production de «fruits de luxe» à l’endroit des tables beyrouthines permettrait des marges suffisamment intéressantes pour que le producteur ne soit pas obligé de rechercher à tout prix le quantitatif. C’est dans cet état d’esprit que le projet est lancé. Dans ces conditions, les agriculteurs locaux sont prêts à participer financièrement et à se grouper dans le cadre de groupements agricoles. Reste, à l’initiative du médecin devenu chef de village, de chercher quelques fonds propres dans les endroits du monde où les enfants du village ont émigré (Australie, Brésil) et le fonds maronite pourrait bien à son tour épauler financièrement ce projet voué à la réussite et qui devrait faire tache d’huile.
Pour autant, M. Carmentran reste réaliste: «Un changement à l’échelle nationale n’est peut-être pas pour demain, tant il est vrai qu’il nécessite un changement des mentalités. Mais après tout, même en France ou aux Etats-Unis, n’a-t-il pas fallu parfois vingt ans pour changer de mode de culture?» conclut-il. Là où la reconstruction d’un pays après la guerre a nécessité plusieurs décennies, le Liban a prouvé que quelques années lui ont suffi; pourquoi alors ne pas penser que le génie libanais pourrait agir aussi en matière de développement rural.

Gérard DE HAUTEVILLE
Dans cette région marginalisée du Liban et spécialement dans le tristement fameux triangle situé entre Yamouné et Deir el-Ahmar, de multiples promesses depuis plus de sept ans qui sont restées sans suite ont conduit la population vers le désespoir et une désaffection totale vis-à-vis des pouvoirs locaux et des instances internationales. Pour autant, c’est à travers ce peuple de montagnards qui survit par miracle que le véritable génie libanais renaît. Sous l’impulsion d’un médecin, des villageois se regroupent, puis se joignent à d’autres village alentour afin de créer, sur place, un tissu économique destiné pour le moins à redonner sa dignité à ce peuple.Est il nécessaire de rappeler qu’après l’éradication par l’armée des cultures de drogue, dans la région de Baalbeck-Hermel, nombre de promesses...