Les enquêtes, actuellement en cours et menées séparément par les parquets de Palerme et Catane sur ce «comité d’affaires», ont déjà conduit à l’arrestation samedi de dix personnes dont l’entrepreneur sicilien Filippo Salamone qui, à la tête de la société «Impresem», est accusé d’association mafieuse et de corruption.
A Palerme, un repenti de la mafia, Angelo Siino, surnommé le «ministre des travaux publics de Cosa Nostra» (la mafia sicilienne) et, à Catane, l’ancien président de la région Sicile de l’époque, Rino Nicolosi, sont les gorges profondes qui ont fait éclater cette affaire.
Sous le coup de plusieurs enquêtes, Nicolosi, ancien membre de la Démocratie chrétienne (DC), a raconté que pour accéder aux marchés des travaux publics en Sicile, tous les entrepreneurs devaient verser des pots-de-vin, collectés et reversés aux partis politiques par l’intermédiaire de Filippo Salamone.
Sur une moyenne de 1.000 milliards de lires de travaux publics par an, M. Salamone aurait redistribué 25 milliards de lires aux politiciens locaux, toutes tendances confondues. M. Nicolosi aurait perçu des pots-de-vin par l’intermédiaire de son collaborateur, l’universitaire et ancien communiste Elio Rossitto, arrêté samedi.
Selon Angelo Siino, Cosa Nostra avait établi un pacte avec Filippo Salamone selon lequel l’entrepreneur devait lui reverser une partie des pots-de-vin ainsi qu’à des sociétés indiquées par celle-ci, en premier lieu celles appartenant au groupe Ferruzzi, proche du Parti socialiste italien (PSI). A travers Ferruzzi, Cosa Nostra espérait entrer en contact avec les socialistes, très puissants à cette époque, afin d’obtenir au niveau judiciaire des sentences plus clémentes lors des grands procès de la mafia.
Racket
Le groupe agroalimentaire Ferruzzi, deuxième groupe privé italien à l’époque, a été au centre du plus grand scandale politico-financier en Italie. Près de 100 millions de dollars ont été détournés à la fin des années 1980 à l’occasion de l’alliance ratée, baptisée Enimont, entre l’Office national des hydrocarbures (ENI) et la société Montedison, appartenant à Ferruzzi. Accusé d’avoir financé illégalement des partis politiques à travers cette opération de fusion, le dirigeant de Ferruzzi, Raul Gardini, s’était suicidé en juillet 1993 peu avant son arrestation.
Interrogé par la justice italienne, Filippo Salamone a nié les accusations et affirmé avoir été victime du racket de la mafia. Il avait déjà été condamné en 1993 à un an et trois mois de prison pour avoir reçu des pots-de-vin pour la réalisation de bâtiments publics et le financement de campagnes électorales de démocrates chrétiens.
Parmi les autres personnes interpellées figure Michele Cavallini, ancien dirigeant du consortium coopératif «Iter-Ravennate», contrôlé à l’époque par le Parti communiste italien (PCI).
Un autre ex-dirigeant des coopératives «rouges», Lorenzo Panzavolta, par ailleurs ancien responsable de la société Calcestruzzi, filiale du groupe Ferruzzi, a également été arrêté et mis en résidence surveillée. Selon la presse italienne, il serait notamment impliqué dans la construction, sur les hauteurs résidentielles de Palermes, de 170 villas abusives vouées à la démolition.
Les magistrats de Palerme et de Catane ont été convoqués mercredi à Rome par le procureur national anti-mafia Pier Luigi Vigna. Leurs deux enquêtes pourraient être regroupées. (AFP)


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