Accusations républicaines d’obstruction à la justice, contre-accusations démocrates d’hypocrisie, témoignage devant une commission du Congrès du stratège de la campagne 96 de M. Clinton, déposition devant une Chambre de mise en accusation d’un conseil juridique de la Maison-Blanche: la polémique avait tous les ingrédients qui font les «scandales» dont le tout Washington raffole.
M. Clinton, accusé par l’opposition républicaine à la fois d’avoir enfreint les lois électorales durant sa collecte effrénée de fonds en 1995 et 1996 et de tenter depuis d’étouffer l’affaire en cachant les documents compromettants, a eu recours à une tactique classique: essayer de changer de sujet en parlant de choses qui affectent directement la vie des Américains.
Il a ainsi discuté dans une église baptiste de Newark, dans le New Jersey (près de New York), des moyens d’aider les parents à revenus modestes à trouver des crèches de qualité à des prix raisonnables.
La véritable raison de ce voyage dans le New Jersey et en Pennsylvanie était cependant sa participation en rafale à quatre collectes de fonds qui devaient rapporter 730.000 dollars au Parti démocrate.
Mais à Washington, l’heure est à la curée. Avant de quitter la Maison-Blanche, M. Clinton avait ainsi dû répondre au président républicain de la commission sénatoriale d’enquête sur le financement de la campagne 96, Fred Thompson, qui l’avait sommé la veille «d’assumer la responsabilité» des malversations présumées commises par les démocrates.
«Frustré»
L’attaque de M. Thompson résultait du dernier épisode de ce feuilleton: la découverte la semaine dernière par la Maison-Blanche des enregistrements vidéo de 44 des quelque 103 réceptions offertes en 1995 et 1996 par M. Clinton pour convaincre ses supporters les plus fortunés de financer sa campagne.
La commission avait demandé plusieurs mois auparavant si de tels enregistrements existaient et la Maison-Blanche lui avait assuré que non.
«J’ai assumé mes responsabilités», a déclaré M. Clinton, se disant «frustré» que ces cassettes vidéo n’aient pas été trouvées plus tôt et indiquant que ce retard avait «une raison logique», qu’il n’a toutefois pas précisée.
La Maison-Blanche avait d’autant moins de raisons de vouloir cacher ces enregistrements qu’ils prouveront son innocence, a-t-il poursuivi. «Ils renforceront le fait que personne ici n’a rien fait de mal», a-t-il dit.
Il se référait apparemment au fait qu’aucun des 44 enregistrements ne montre M. Clinton quémandant des fonds et qu’on ne voit pas de chèques passer d’une main à l’autre, ce que les lois électorales interdisent dans l’enceinte de la Maison-Blanche.
Mais les sceptiques font remarquer que seules les premières minutes de chaque réception ont été filmées et, en outre, que la Maison-Blanche a admis l’existence de plusieurs dizaines d’autres enregistrements.
Les explications de la présidence sont en tout cas tellement bizarres que l’un de ses conseils juridiques, Lanny Breuer, a dû s’expliquer devant une Chambre de mise en accusation à Washington.
Dans le même temps, la commission Thompson mettait sur le gril Harold Ickes, l’homme qui organisa la campagne présidentielle de M. Clinton et son financement. Mardi, il avait affirmé aux sénateurs que MM. Clinton et Gore n’avaient violé aucune loi et simplement tiré le meilleur parti d’un système qu’il est urgent d’assainir.
Le même jour, les républicains empêchaient la tenue d’un vote sur une réforme de ce système de financement des campagnes, une réforme soutenue par M. Clinton, mais dont ils seraient les grands perdants.
Aussi, le président a-t-il qualifié les enregistrements vidéo de simple «écran de fumée» utilisé par les républicains pour dissimuler leurs mauvais coups.
Mais les républicains, eux, estiment que M. Clinton est le dernier à pouvoir donner des leçons de morale en matière de financement des campagnes. (AFP)

