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Actualités - Reportage

Publication du rapport annuel agricole pour la campagne 1996

Comme chaque année depuis 44 ans, le «CREAL» (Centre de recherches et d’études agricoles libanais) a présenté son rapport à l’occasion d’une réunion à la CCIB. Malgré les derniers efforts produits par le gouvernement et peut-être aussi en raison de l’annonce de mesures protectionnistes relatives à l’agriculture, ce secteur demeure au Liban globalement sous-développé.
Ce domaine économique dont tout un chacun sait qu’il n’est pas forcément gros producteur de PIB, n’en est pas moins important ne serait-ce que sur le plan sécuritaire. Il mériterait sans doute plus d’attention et surtout un véritable plan de développement mis au point et appliqué par les Libanais eux-mêmes.
Même si les centres de recherches gouvernementaux ont été ou sont en voie de réhabilitation, leurs données statistiques sont souvent trop jeunes et trop minces pour être significatives. Le monde agricole libanais s’est donc doté de centres tel le «CREAL», dirigé par M. Riad Saadé, et qui a le mérite d’avoir poursuivi ses recherches durant tous les événements et après, dans des conditions de travail et de méthodes suffisamment fiables qui permettent, d’année en année, une juste appréciation de l’état de l’agriculture libanaise. Même si parfois le ton est un peu excessivement pessimiste, cette étude exhaustive est basée, pour 1996, sur 322 campagnes végétales relatives à 155 cultures. Sept productions animales ont été aussi passées au crible de l’équipe de M. Saadé durant l’année 96.
Le rapport tente de dresser la problématique de l’agriculture libanaise et propose des solutions basées sur les constats opérés sur le terrain qui pourraient d’ailleurs compléter utilement les programmes des Nations Unies dans ce domaine et lors des actions réalisées au Liban. En fait, l’agriculture dans le monde entier est souvent un secteur important géographiquement et démographiquement, mais pose nombre de problèmes de non rentabilité qui induisent des systèmes de subvention dont les répercussions sont quelques fois négatives dans le contexte d’une globalisation des marchés. Si d’autres secteurs de l’économie peuvent à la limite être autonomes et d’initiatives uniquement privées, l’agriculture reste, de l’avis de tous les spécialistes, un domaine où une intervention, quelle qu’elle soit, mais judicieuse, de l’Etat est quasi nécessaire. La «philosophie» économique libanaise est donc en la matière peut-être mal adaptée? En effet, la politique du «Laisser faire» est-elle adéquate? En 1993, le CDR a proposé un plan de reconstruction du Liban (le plan 2000). Pour ce qui est du volet agricole, précise le rapport Saadé, ce plan pèche par un excès de théorie et ne tient pas compte des réalités socio-agronomiques du pays. Cela pour conséquence que l’Etat Libanais dois faire face à de nombreux problèmes lors de la réalisation de ses projets dans le secteur agricole. Cela s’explique, nous rappelle M. Saadé «par le fait que de nombreuses administrations rattachées à des ministères différents sont concernées par les décisions à prendre». Ainsi, le ministère de l’Economie s’occupe des domaines stratégiques tels le sucre ou les céréales. Il intervient également à tous les niveaux de l’agroalimentaire et gère par exemple les problèmes de l’olive et de son huile. Le ministère des finances gère de son coté l’important secteur du tabac et intervient au niveau du crédit agricole. Le ministère des ressources hydrauliques est responsable de la question de l’irrigation. Enfin, le CDR supervise certains projets. Pour M. Saadé, «la faiblesse extrême du ministère de l’Agriculture permet trop souvent aux autres ministères d’imposer des décisions sans une vraie coordination. Par ailleurs, malgré les efforts de restructuration au sein des administrations libanaises, la non efficience est encore reine. Dans ces conditions, nous assistons à une imputation peu perspicace des montants alloués et à une efficacité réduite dans l’utilisation des fonds».

Traits saillants de
l’agriculture en 1996

En dehors des considérations stratégiques, l’agriculture, sur le terrain, évolue toujours en fonction des trois composantes fondamentales: l’homme, la terre et le capital. Selon le rapport, les agriculteurs libanais n’ont pas encore réalisé leur mutation vers une agriculture moderne. Privés surtout de vulgarisation, ils n’ont pas les outils nécessaires à cette évolution vers les techniques modernes. Sous les conseils de certains marchands d’intrants, les paysans libanais auraient même perdu de leur bon sens et se trouveraient souvent incapables d’assurer de hauts rendements associés à une bonne qualité des produits. La terre, pour sa part, en l’absence de tout plan d’occupation des sols reste sous la pression de spéculations intenses qui rendent peu propice le développement de l’agriculture. Quant au capital, l’agriculture libanaise souffre d’un manque évident de financements adaptés. En fait, il n’existe pas de crédit agricole pour assurer ne serait-ce que les fonds de roulement nécessaires aux campagnes. S’agissant des investissements à long terme dont l’agriculture a besoin, aucune solution n’est envisagée, malgré la meilleure cotation obtenu par le Liban auprès des instances financières internationales.
Pour revenir au terrain, sur le plan climatique, il faut noter des conditions exceptionnelles en 1996, d’un mois de janvier doux, de gels et de tempêtes en mars, de gels en avril et 40 jours de chaleurs extrême en juillet août qui affectèrent de nombreuses cultures. La production libanaise est ventilée en un secteur végétal représentant 63% de l’activité contre 37% pour l’activité animale.
La répartition de la production végétale se présente comme suit:
— Grandes cultures intensives: 9,7%
— Cultures industrielles: 22,8%
— Légumes et fleurs: 23,2%
— Cultures fruitières: 43,5%
— Produits forestiers: 0,8%
Il est à noter que depuis sept ans, les cultures illicites ont été éradiquées, sans qu’aucune activité de remplacement soit constatée à ce jour.
Au plan de la production animale, la répartition est la suivante:
— Aviculture: 46%
— Elevage bétail: 7%
— Production laitière: 37%
— Pêche: 6%
— Apiculture: 3%
Notons que le Liban importe, encore à l’heure actuelle, quelque 80% de ses besoins en laitages.

La commercialisation
et les solutions proposées

La commercialisation des produits agricoles libanais tant sur le plan local qu’à l’exportation reste un autre facteur défavorable à son développement. La vente en consignation des produits est toujours le seul système usité. Cet état de fait entraîne des fraudes grossières et importantes de la part des grossistes souvent peu scrupuleux. L’agriculteur subit sans aucun moyen de recours un système qui est aussi nuisible pour le consommateur. L’absence de normalisation des produits et des emballages nuit aussi gravement à la commercialisation, surtout à l’export ou les produits libanais ont maintenant une mauvaise image de marque en raison principalement des multiples malversations issues des commerçants, mais aussi parfois des agriculteurs eux-mêmes ne se sentant ni soutenus ni encadrés.
Fort de toutes ces données, M. Saadé conclu: «Il n’est donc pas surprenant de constater que la production intérieure brute agricole stagne depuis 1989 alors qu’elle aurait dû accuser, après la guerre, un taux de croissance au minimum de 6%». Afin de remédier à cela, les solutions préconisées par M. Saadé tiennent dans:
— La définition des options sociales du monde rural libanais au 21e siècle.
— La définition d’options économiques destinées à l’agriculture libanaise.
— L’établissement d’un plan de développement à croissance rapide et couvrant tout le secteur, échelonné sur 5 à 10 ans.

Propos recueillis par
Gérard DE HAUTEVILLE
Comme chaque année depuis 44 ans, le «CREAL» (Centre de recherches et d’études agricoles libanais) a présenté son rapport à l’occasion d’une réunion à la CCIB. Malgré les derniers efforts produits par le gouvernement et peut-être aussi en raison de l’annonce de mesures protectionnistes relatives à l’agriculture, ce secteur demeure au Liban globalement sous-développé.Ce domaine économique dont tout un chacun sait qu’il n’est pas forcément gros producteur de PIB, n’en est pas moins important ne serait-ce que sur le plan sécuritaire. Il mériterait sans doute plus d’attention et surtout un véritable plan de développement mis au point et appliqué par les Libanais eux-mêmes.Même si les centres de recherches gouvernementaux ont été ou sont en voie de réhabilitation, leurs données statistiques sont...