Alors que le gouvernement a donné quelques signes indiquant qu’il est sur le point d’adopter une attitude plus positive vis-à-vis de l’euro, un sondage publié lundi matin par le «Financial Times» montre qu’environ 61% des personnes interrogées souhaitent conserver la livre sterling et que seulement 15% accepteraient de la troquer contre la monnaie européenne.
Paddy Ashdown, le leader des libéraux démocrates, parti du centre très pro-européen, estime cependant que le référendum promis par le gouvernement britannique sur la participation à la monnaie unique peut être gagné.
«Avec les libéraux-démocrates, le Parti travailliste, la Confédération de l’industrie britannique, les syndicats et, en effet, beaucoup de conservateurs qui feront campagne avec enthousiasme pour le oui, je crois qu’une telle consultation peut être gagnée», écrit M. Ashdown dans le même journal.
Le leader libéral-démocrate, proche de Tony Blair sans pour autant faire partie de la majorité, appelle le premier ministre à prononcer avant la fin de l’année une déclaration d’intention en faveur de l’adhésion à l’union monétaire européenne.
«La déclaration d’intention devrait inclure un engagement clair à rejoindre l’UEM (Union économique et monétaire) dans un laps de temps défini, disons avant la fin de 2001», ajoute M. Ashdown. Cette déclaration accompagnerait le refus officiel de rejoindre l’union monétaire dès la première vague, le 1er janvier 1999. Aux termes du traité de Maastricht, la Grande-Bretagne doit dire avant la fin de l’année si elle entend participer à l’euro dans sa création.
L’échéancier décrit par M. Ashdown est très proche des informations distillées officieusement dans la presse par des responsables travaillistes, depuis une dizaine de jours. Celles-ci laissent présager un changement de posture de la Grande-Bretagne vis-à-vis de l’euro, également décelable dans certaines déclarations publiques.
Ainsi Peter Mandelson, influent ministre sans portefeuille du gouvernement britannique de Tony Blair, s’est refusé à exclure vendredi une participation de la Grande-Bretagne à la monnaie unique, dès la première vague.
L’opposition conservatrice, qui réunit cette semaine son congrès annuel à Blackpool (Nord) sous la férule de son nouveau leader William Hague, a elle aussi recommencé à donner de la voix sur un sujet qui, pourtant, la divise profondément.
L’ancien premier ministre John Major est sorti de son silence pour affirmer son refus, à court ou moyen terme, d’une adhésion britannique à l’euro.
«Pour le moment présent et pour un avenir prévisible, la monnaie unique présente un risque trop important», a déclaré M. Major, applaudi, une fois n’est pas coutume, par les eurosceptiques de son parti.
«Le temps de prendre une décision est venu. Pour moi, il est clair que le moment n’est pas venu pour la Grande-Bretagne de rejoindre la monnaie unique. Nous devrions avoir le courage de dire non», a déclaré l’ancien premier ministre.
Mais le Parti conservateur est très partagé, entre une majorité hostile à l’euro et une minorité pro-euroépenne, les deux camps comprenant une palette presqu’infinie de nuances.
Le leader tory William Hague plaide pour que la Grande-Bretagne reste à l’écart de l’euro pendant au moins dix ans. Le chef de file des pro-européens Kenneth Clarke juge «évident» qu’il sera impossible d’adhérer en 1999, mais il souhaite que la porte soit laissée ouverte à une participation ultérieure. (AFP)

