Les présidents des quatre principaux partis politiques représentés à Bruxelles et en Wallonie, où vivent quatre millions de francophones, sont convenus de préparer ensemble ce rendez-vous à haut risque pour la survie de l’Etat belge.
Ce front inédit composé de l’opposition écologiste et libérale, et de la majorité sociale-chrétienne et socialiste s’explique par l’échéance des élections législatives de 1999, qui pourraient en outre être avancées en cas de crise.
Si la revendication indépendantiste reste, malgré des progrès constants, minoritaire en Flandre, nombre d’hommes politiques flamands ont annoncé qu’ils voulaient à cette occasion arracher de nouvelles compétences à l’Etat fédéral.
Ils souhaitent doter les régions de nouvelles compétences fiscales et, surtout, fédéraliser la sécurité sociale, ultime ciment de l’unité et de la solidarité nationales.
Pour la Wallonie, touchée de plein fouet par la disparition de vieilles industries, et pour Bruxelles, une ville-région en voie d’appauvrissement rapide, cela impliquerait la disparition de transferts financiers essentiels à leur survie.
Une telle réforme aboutirait à une sécession de facto de la Flandre, estiment une centaine d’intellectuels wallons de renom, signataires d’un manifeste qui a fait grand bruit.
Scénario catastrophe
«La sécession flamande laissera les francophones de Bruxelles et de Wallonie prendre en main leur destin», peut-on lire dans ce texte, qui prévoit que les deux régions pourraient, après référendum, se glisser dans les habits de la Belgique, qui deviendrait alors, «l’Etat fédéral Wallonie-Bruxelles».
Il s’agit là d’un scénario catastrophe rejeté par l’immense majorité des francophones et de leurs représentants politiques.
Jusqu’à une date récente, la ligne officielle sur laquelle campaient la plupart des francophones était simple.
Puisqu’il faut une majorité des deux tiers pour changer la Constitution, rien ne se passera si les francophones s’y refusent et il suffira de dire non aux revendications flamandes.
Cette stratégie de la ligne Maginot reste d’ailleurs une tentation très forte chez les francophones, particulièrement chez les sociaux-chrétiens (PSC), qui répètent à l’envi n’être pas demandeurs d’une nouvelle réforme de l’Etat.
Mais les dangers inhérents à cette politique de l’autruche commencent à être mesurés en Wallonie et à Bruxelles.
Marc Van Peel, le président du principal parti flamand, les sociaux-chrétiens du premier ministre Jean-Luc Dehaene, n’a pas fait mystère avant l’été de ce qui risque d’arriver.
Les Flamands refuseraient dans ce cas d’entrer dans un gouvernement fédéral après 1999, ouvrant une période de crise d’une longueur indéterminée et peut-être fatale à la Belgique.
Créer un outil
«Vaut-il mieux, pour la raison que les francophones ne sont pas demandeurs, refuser le débat que s’y préparer, quand on sait qu’ils résisteront moins que les Flamands à toute vacance de pouvoir fédéral»? s’interroge «La Libre Belgique».
«Le quotidien», proche des sociaux-chrétiens, estime donc qu’il convient de préparer les arguments pour que les francophones ne se retrouvent pas en 1999 devant le choix entre le blocage total de l’Etat et l’acceptation des revendications flamandes.
C’est précisément ce qu’ont reconnu les quatre présidents des partis politiques francophones.
Ils ont fait appel à trois professeurs d’université pour les aider à recueillir des données chiffrées incontestables pour contrer les revendications flamandes ou — c’est sous-jacent — ne pas être dépouillé au cas où le divorce s’avérerait inéluctable.
Il s’agit de constituer un «outil» afin de tester plusieurs scénarios, «du plus prévisible au plus dramatique», a souligné le président du PSC, Charles-Ferdinand Nothomb.
L’un des buts de la manœuvre est par exemple d’expliquer aux Flamands souvent critiques vis-à-vis des transferts vers la Wallonie en matière de sécurité sociale que sa scission risque d’avoir des effets pervers pour la Flandre.
Dans quelques années, ce seront en effet les Wallons qui paieront en partie les retraites des Flamands.
Même s’ils se disent non demandeurs, les francophones semblent donc s’engager eux aussi sur la voie du marchandage en faisant leur cette maxime du «manifeste» de leurs intellectuels: «Puisque les Flamands auront leurs revendications, il faut que les francophones préparent les leurs». (Reuter)

