«Si quelqu’un me donnait un autre travail en dehors d’une colonie, je quitterai dans la minute mon emploi actuel», affirme Naji Abdel Hamid, 29 ans. Il est l’un de ces 30.000 Palestiniens qui gagnent leur vie en construisant des maisons dans les implantations juives.
La maison de M. Abdel Hamid se trouve dans la localité de Jania, à l’ouest de Ramallah en Cisjordanie, tandis que son lieu de travail est situé non loin de là, derrière les barbelés de la colonie de Talmon.
Il y travaille comme charpentier sur une terre que les autorités israéliennes ont confisquée à des membres de sa famille il y a quelques années.
«A chaque fois que j’y pense, je me sens de plus en plus démoralisé, je me dis que je suis impuissant», affirme-t-il.
Les Palestiniens ne cessent de dénoncer la présence de 140 colonies en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, construites sur des terres qui leur ont été confisquées.
Le processus de paix est au point mort depuis sept mois à cause de cette colonisation. Les efforts pour relancer les négociations ont buté sur l’insistance d’Israël à poursuivre cette politique d’extension des implantations.
La majorité des travailleurs employés dans les colonies sont Palestiniens, à la recherche d’emploi.
La plupart d’entre eux sont recrutés par des entrepreneurs palestiniens en relations avec leurs collègues israéliens, qui en échange s’arrangent pour leur fournir des permis de travail avant de les envoyer construire de nouveaux logements dans les colonies.
Décision difficile
Chaque jour, M. Abdel Hamid et ses camarades présentent leur permis à l’entrée de Talmon où des soldats israéliens les fouillent. Une fois à l’intérieur, ils ont ensuite très peu de contact avec les 5.000 habitants de Talmon.
«Nous subissons des humiliations quotidiennes», déplore M. Abdel Hamid. Selon lui, l’entrepreneur israélien qui l’emploie «n’hésite pas à nous lancer des insultes, mais il fait marche arrière et s’excuse quand je menace de démissionner».
Un journaliste a été autorisé par les soldats à pénétrer à Talmon. Mais des colons l’ont vu s’entretenir avec des travailleurs palestiniens, et il a été forcé de quitter les lieux.
M. Abdel Hamid et d’autres travailleurs déclarent qu’ils n’ont pas le choix. «J’ai essayé de trouver du travail du côté palestinien. Mais notre économie est dans un tel état que j’étais constamment au chômage», poursuit-il.
«J’ai pensé immigrer. Mais il y a deux mois, j’ai pris la décision difficile de prendre un emploi dans une colonie», ajoute-t-il.
D’autres travailleurs, venus de Jérusalem ou de Bethléem, refusent pour la plupart de parler de leur travail. «Qui peut me dire comment je dois nourrir mes enfants?» se contente d’expliquer l’un d’eux.
Le marché de l’emploi palestinien a été frappé de plein fouet par les bouclages à répétition imposés à la suite d’attentats. Cette mesure empêche les Palestiniens de venir travailler en Israël.
Quelque 120.000 Palestiniens étaient employés en Israël en 1993. Actuellement ce chiffre est d’environ 29.000. L’Autorité palestinienne emploie pour sa part 70.000 personnes dans les administrations et les forces de sécurité. La population active palestinienne est de 500.000 personnes. (AFP)

