Le peintre américain Roy Lichtenstein était, depuis la mort d’Andy Warhol (1987), un des derniers représentants majeurs du Pop Art, mouvement pictural et sculptural apparu aux Etats-Unis en 1961.
Roy Lichtenstein, né à New York en 1923, dont l’importance artistique des œuvres, pourtant souvent marquées par l’humour ou la vulgarité délibérés, fut un temps contestée, partageait depuis dix ans, le leadership du Pop Art avec Robert Rauschenberg et James Rosenquist, autres grands maîtres américains.
Lichtenstein, comme Warhol, Rauschenberg et d’autres, appartenant tous à une génération d’artistes nés dans les années 30, se démarqua des traditions artistiques et aussi du bon goût et de l’environnement culturel américain, en «détournant», avec des couleurs spécialement vives, les images culturelles que véhiculaient les mass médias, terminologie des années 60.
Lichtenstein, New-Yorkais ou look personnel british, qui s’inspira dans les années 60 du travail de Claes Oldenburg — qui, lui, fabriquait des W.C. mous — «récupère» pour parodier, démythifier, jusqu’à être iconoclaste quand il utilise des œuvres de Cézanne ou Picasso, entre autres.
Quand Kerouac, Burroughs, Ginsberg et la Beat Generation, faisaient exploser la littérature américaine, Warhol et les siens, dont Lichtenstein, inventeur du «look industriel», dynamitaient la représentation picturale. «Chaque élément de l’œuvre n’existe que par sa place dans la vision globale de l’artiste», a dit Lichtenstein qui ajoutait: «les différents éléments sont unis par un point de vue, le mien».
Un dynamiteur, qui par définition fait de l’art avec le contraire de l’art, devient un jour un «classique. Fin 95, les œuvres de Roy Lichtenstein furent exposées dans les ambassades US dans le monde entier. Le peintre offrit … des copies de ses œuvres, évaluées à près d’un million de dollars, à Bill Clinton et Hillary.
En 1986, après une commande de l’Equitable Life Insurance Society of the United States, il exposa une œuvre murale géante de 21 mètres sur 10 dans le hall de cette très honorable institution. Roy n’avait pas perdu la main, car ce «Lichtenstein» était fait, certes d’auto-citations, mais aussi et surtout d’un baigneur de Léger, une algue de Matisse, des emprunts à Pollock ou Arp.
Grâce à son «marchand», Leo Castelli, originaire de Trieste, qui décida un jour de payer une allocation mensuelle à Lichtenstein, pour qu’il travaille librement, le peintre goûta d’une célébrité mondiale, certes, avec ses BD made by Lichtenstein, mais aussi ses «Intérieurs», composés à partir d’éléments de la culture populaire; Meubles et objets ont été recopiés d’après des annuaires téléphoniques parmi les plus kitsch. Ici pas la moindre trace humaine, pas la moindre émotion. Tout y est comme banal. Mais qui fut fabriqué et manufacturé à des millions d’exemplaires, devient avec Lichtenstein une œuvre unique.
Ce frêle et éternel jeune homme, malgré ses cheveux gris, également maître du collage — Burroughs faisait aussi des «collages» — et spécialiste des couleurs au pochoir et des «brushstrokes» (coups de pinceaux), aimait travailler en écoutant Charlie Parker, John Coltrane, Ornette Coleman et aussi Bach ou Purcell.
Impitoyable sur la médiocrité de nos sociétés, cet homme composa, malgré les apparences, une œuvre cohérente, une des plus importantes de la seconde moitié du XXe siècle. Le «cannibale», comme il aimait à dire de lui, est aujourd’hui à son tour, assimilé par tous, lui qui suivait de près le monde de l’art d’après le Pop Art dont l’influence sur l’art actuel fut bien plus grande qu’il ne l’avait imaginé. (AFP)

