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Actualités - Chronologie

Les quinze vont préparer à Amsterdam l'Europe des vingt

La cérémonie de signature du traité d’Amsterdam, demain jeudi, à un curieux baptême qui verra plusieurs membres de la famille européenne décréter non viable leur enfant né en juin dernier.
La logique aurait voulu que cette cérémonie protocolaire, nécessaire au lancement des procédures de ratification chez les Quinze après une mise en forme juridique des textes, ne soit pas l’occasion de rouvrir des blessures encore fraîches.
Mais les ministres des Affaires étrangères français, belge et italien n’entendent pas mener la politique de l’autruche.
Ils annexeront au nouveau traité d’Union européenne une «déclaration» dans laquelle ils affirmeront que «le traité d’Amsterdam ne répond pas à la nécessité (...) de progrès substantiels dans la voie du renforcement des institutions».
Ils diront ainsi tout le mal qu’ils pensent d’un texte insuffisant pour éviter la paralysie d’une Europe des Vingt dotée d’institutions prévues pour six pays en 1957.
Pour Paris, Bruxelles et Rome, une vraie réforme de la Commission européenne et du mécanisme de prise de décision au Conseil des ministres, ainsi qu’une extension «significative du recours à la majorité qualifiée» doivent être réalisées avant le premier élargissement vers les pays de l’Est.
«Il faut faire l’élargissement, mais sans défaire l’Union», a récemment déclaré le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine pour expliquer cette initiative très contestée.

L’Allemagne
en colère

Si de nombreux pays, comme l’Autriche, le Luxembourg et les Pays-Bas ou, de manière plus nuancée, l’Espagne et le Royaume-Uni, partagent les préoccupations des Français et des Belges, ils laisseront les trois pays aller seuls au front.
L’Allemagne, alliée traditionnelle de la France, ainsi que la plupart des autres pays, ne décolèrent pas devant cette initiative jugée risquée pour la bonne marche du processus d’élargissement et dangereuse pour les opinions publiques.
«C’est comme si on disait aux Parlements et aux opinions: ratifiez notre mauvais traité!», résume un diplomate.
Peu de voix s’élèvent cependant pour défendre un texte qui, s’il a permis quelques progrès dans le domaine social ou l’octroi de pouvoirs au Parlement européen, apparaît comme un échec sur les trois priorités assignées au départ.
L’amélioration attendue de la Politique étrangère et de sécurité commune (Pesc) et de la coopération entre les justices et les polices des Quinze est absente, tandis que la réforme institutionnelle est restée totalement en panne.
Certains font contre mauvaise fortune bon cœur.
«Ce traité est bien meilleur que sa réputation», a déclaré récemment le président de la Commission européenne, Jacques Santer. «Ce qui n’a pas été fait à Amsterdam le sera dans un avenir proche, la réalité nous y obligera».

«Le roi est nu»

Franklin Dehousse, négociateur belge à la conférence intergouvernementale (CIG) qui a abouti à Amsterdam, prend moins de précautions dans une étude qui vient d’être publiée.
«Dans sa complexité, sa fragmentation, son caractère incantatoire, son absence de projet clair, sa bureaucratisation à outrance et son souci omniprésent d’immobilisme financier, le traité d’Amsterdam fournit un reflet fort juste de la nouvelle réalité européenne», écrit-il dans ce document.
Pour cet universitaire de renom, la raison de l’échec est à rechercher dans «la panne du moteur germano-français (qui) a laissé les partisans de l’approfondissement dans une minorité».
C’est en effet le chancelier Helmut Kohl qui s’est, contre toute attente, opposé à l’accroissement du vote à la majorité qualifiée, soucieux de ménager des Lander hostiles à cette extension afin de ne pas ouvrir un deuxième front après l’euro.
«Le Conseil européen d’Amsterdam a montré qu’il n’existe plus à l’heure actuelle de véritable projet européen en dehors de la monnaie unique», poursuit Franklin Dehousse. «Tout le capital politique a été investi (à tort ou à raison, l’avenir le dira) sur ses effets d’entraînement».
Mais si l’effet d’entraînement ne fonctionne pas ou si l’euro ne se fait pas, le risque existe de voir l’élargissement tenir lieu de seule politique, sans réforme institutionnelle.
Pour le premier ministre belge Jean-Luc Dechaene, qui s’exprimait la semaine dernière, cette dérive «donnera naissance à une zone de libre-échange dénuée de tout projet politique».
«Il faut appeler un chat un chat et il arrive que le roi soit nu», a dit un diplomate en qualifiant le traité d’Amsterdam de «pas en avant vers un gouffre prochain». (Reuter)
La cérémonie de signature du traité d’Amsterdam, demain jeudi, à un curieux baptême qui verra plusieurs membres de la famille européenne décréter non viable leur enfant né en juin dernier.La logique aurait voulu que cette cérémonie protocolaire, nécessaire au lancement des procédures de ratification chez les Quinze après une mise en forme juridique des textes, ne soit pas l’occasion de rouvrir des blessures encore fraîches.Mais les ministres des Affaires étrangères français, belge et italien n’entendent pas mener la politique de l’autruche.Ils annexeront au nouveau traité d’Union européenne une «déclaration» dans laquelle ils affirmeront que «le traité d’Amsterdam ne répond pas à la nécessité (...) de progrès substantiels dans la voie du renforcement des institutions».Ils diront ainsi tout le...