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Actualités - Chronologie

Glasnost sexuelle en Russie

\Pour Alexeï «le plaisir n’existe pas hors du sexe oral», Alexandre préfère l’amour en groupe et Karina est prête à simuler l’orgasme devant les caméras: le premier talk-show sur le sexe en Russie s’est transformé en défouloir des frustrations de l’époque soviétique.
Des millions de téléspectateurs de la chaîne privée NTV regardent tous les samedis leurs compatriotes parler «Sur cela», titre du premier talk-show consacré au sexe, diffusé vers minuit.
Georgui, la quarantaine, est posément installé dans un fauteuil sur un plateau circulaire généreusement illuminé pour raconter ses pauses de midi lorsqu’il s’enferme dans son bureau avec une prostituée.
Une centaine de spectateurs — qui allument leurs briquets pour demander la parole — participent à ce show sans précédent. Pour ajouter à l’insolite, l’animatrice est Elena Hanga, journaliste afro-américano-russe.
«Notre but est la provocation», avoue sans fard Léonid Parfionov, concepteur de l’émission. «Victime du tabou soviétique, le Russe moyen n’est pas capable de décrire avec des mots un acte sexuel. Il faut donc le pousser à parler de cela», dit-il.
Le «Russe moyen», quant à lui, semble céder facilement à la provocation. Ouvriers et commerçants, étudiants et retraités, les participants, parfois cachés derrière des lunettes de soleil, parlent d’eux-mêmes et s’écoutent avec rire, admiration ou dégoût.
«J’ai réussi à provoquer chez lui 13 orgasmes en quatre heures», confie Macha. «Notre premier enfant, je sais que c’est le mien, quant au second, j’en suis moins sûr», dit Alexandre, marié depuis cinq ans, après avoir raconté comment il a initié sa femme au sexe en groupe.

Des décennies de silence

«On ne peut parler avec une telle franchise qu’après avoir subi des décennies de silence», estime le producteur, Bolat Akounov.
«En URSS, le terme même de sexologie n’existait pas. Un Soviétique normal ne pouvait pas avoir des problèmes de sexe. S’il voulait en parler, il devait aller chez le sexopathologue», raconte le célèbre sexologue russe Igor Kon.
Avec la perestroïka lancée par Mikhaïl Gorbatchev en 1985, la révolution sexuelle — qui se vivait cachée depuis les années 70 — est sortie de clandestinité. Une scène érotique du film-symbole de l’époque, «La Petite Véra», tourné en 1987 par Vassili Pitchoul, a été le premier jalon de cette mutation de la société vers «une transparence sexuelle».
Entre 1993 et 1995, selon Igor Kon, le nombre de garçons qui avaient commencé leur vie sexuelle à 16 ans est passé de 38 à 58%. Ces chiffres étaient respectivement de 25 et 33% pour les filles.
«Mais ces changements ne sont pas forcément positifs: le ministère de la Santé a enregistré cette année 51 fois plus de cas de syphilis chez les adolescents qu’il y a cinq ans», dit-il.
Il reste toutefois sceptique quant au message du talk-show, auquel il participe en tant qu’expert.
«Peut-on parler de talk-show lorsqu’une jeune fille se met à simuler l’orgasme sur les genoux d’un homme devant les caméras? C’est juste du mauvais goût», estime le sexologue en citant le cas de Karina, une jeune fille vêtue d’une chemise noire transparente qui a accepté gaiement de simuler le paroxysme du coït, avant de s’arrêter en route, visiblement gênée.
Depuis la première diffusion début septembre la chaîne reçoit sans cesse des coups de fils de spectateurs «indignés», «choqués», «dégoûtés».
«En URSS il n’existait officiellement que l’amour et pas le sexe, est-ce aujourd’hui le contraire?» s’interroge M. Kon, auteur en 1980 d’un best-seller intitulé «Amitié», où il avait réussi à déjouer la censure soviétique en évoquant la sexualité au chapitre «amour». (AFP)
\Pour Alexeï «le plaisir n’existe pas hors du sexe oral», Alexandre préfère l’amour en groupe et Karina est prête à simuler l’orgasme devant les caméras: le premier talk-show sur le sexe en Russie s’est transformé en défouloir des frustrations de l’époque soviétique.Des millions de téléspectateurs de la chaîne privée NTV regardent tous les samedis leurs compatriotes parler «Sur cela», titre du premier talk-show consacré au sexe, diffusé vers minuit.Georgui, la quarantaine, est posément installé dans un fauteuil sur un plateau circulaire généreusement illuminé pour raconter ses pauses de midi lorsqu’il s’enferme dans son bureau avec une prostituée.Une centaine de spectateurs — qui allument leurs briquets pour demander la parole — participent à ce show sans précédent. Pour ajouter à...