Mais au-delà de ces interdictions, la milice veut que la population de la capitale s’adonne à une vie plus édifiante, à ses yeux, notamment par la pratique de la prière.
«Le temps doit être occupé à servir le pays et à prier Dieu, rien d’autre. Quoique ce soit d’autre est une perte de temps et personne ne doit perdre son temps», affirme le vice-ministre des Affaires étrangères Sher Abbas Stanekzai.
Les cinémas populaires, tout au moins ceux qui n’ont pas été détruits par la guerre et qui montraient surtout des comédies musicales indiennes, ont été fermés et les magasins de musique ne vendent plus désormais que des enregistrements de sermons religieux et de litanies du Coran.
Pour les Taliban, les amusements «ne sont pas utiles à la vie d’un être humain».
«Il n’y avait même pas de restriction à la consommation d’alcool à Kaboul, les femmes et les hommes se mélangeaient dans leurs familles et il y avait beaucoup de films érotiques qui faisaient perdre leur temps aux gens», s’indigne le vice-ministre.
Avec l’islamisation de Kaboul, les joueurs et les gens qui regardaient la télévision ou écoutaient de la musique ont été montrés en parade dans les rues avec leurs visages noircis au charbon de bois.
Pour la population kaboulie, au comportement autrefois souvent libéral, l’arrivée des Taliban a mis fin à presque toutes les distractions offertes durant des décennies par les régimes laïcs, ou même par les quatre années du pouvoir des Moujaheddine (1992-1996).
Où trouver femme?
Et pour les jeunes, spécialement ceux qui voudraient se marier, la vie est particulièrement dure. «C’est très triste. Avant, nous avions des mariages très bruyants, avec de la musique, des danses, les amis et les familles se mélangeaient pour une grande fête», soupire Ahmed Jalil, 22 ans.
Les mariages ont désormais lieu à la maison avec les femmes et les hommes célébrant l’événement de manière totalement séparée.
Mais ce qui est encore plus dur pour Jalil, c’est la difficulté de trouver sa future femme dans une ville où les mariages traditionnels, arrangés entre familles, ont souvent disparu pour céder la place à une cour longue et laborieuse.
Avoir une petite amie, n’est pas islamique, ont décrété les Taliban.
Jalil, né en 1975, est d’une génération de Kaboulis qui n’ont aucune expérience du style de vie imposé par les Taliban, depuis qu’ils ont émergé il y a trois ans du sud profondément conservateur.
Mais ce sont surtout les femmes — à qui il a été interdit de travailler ou d’être éduquées — qui se plaignent d’être les véritables victimes des restrictions des intégristes.
«Il n’y a rien à faire. Je passe mon temps assise chez moi pour nettoyer et faire la cuisine et je ne sors presque jamais, ce qui est très ennuyeux», assure Fatima, une ancienne étudiante en histoire de l’université de Kaboul, maintenant fréquentée que par des hommes.
Dans le sport aussi, les Taliban ont voulu imprimer leur marque. Au lieu d’applaudir et de soutenir des athlètes ou une équipe, les spectateurs peuvent s’enthousiasmer en criant «Allah Akbar». Au moment de la prière toute compétition doit être interrompue pour que spectateurs et sportifs remplissent ensemble leurs devoirs religieux.
Face aux récriminations, les Taliban restent de marbre. Ils se disent fiers de ces changements dans la capitale. «Pas à pas, nous menons l’islamisation de Kaboul, se réjouit Stanekzai. Bien sûr, il y a encore des comportements non islamiques cachés. Nous y mettrons fin». (AFP)


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