James Rubin, porte-parole du département d’Etat, a déclaré à la presse que la secrétaire d’Etat Madeleine Albright avait évoqué cette question lors d’un petit déjeuner avec le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine, à New York, en marge des travaux de l’Assemblée générale des Nations Unies.
Les deux ministres sont convenus «de l’utilité pour la France et les Etats-Unis d’entamer un dialogue» à ce propos, a-t-il ajouté.
Ils veulent évaluer «s’il existe des éléments qu’un dialogue approfondi et substantiel entre les deux pays puisse être en mesure de produire en ce qui concerne les mesures à prendre dans ce domaine».
James Rubin n’a toutefois pu préciser les mesures envisagées.
«Je ne pense pas qu’ils aient eu des discussions aussi détaillées», a-t-il ajouté, en indiquant qu’une réunion à niveau inférieur aurait lieu ultérieurement.
La crainte d’une reprise d’attentats extrémistes algériens, qui avaient fait 8 morts et plus de 200 blessés sur le sol français en 1995 et 1996, joue visiblement un rôle dans la prudence manifestée par les deux derniers gouvernements français, qui évitent toute déclaration susceptible d’enflamer davantage la situation.
«Prendrait-on des initiatives qu’elles ne seraient pas reçues», constatait récemment le premier ministre Lionel Jospin, ce qui n’a pas empêché son successeur à la tête du Parti socialiste François Hollande de réclamer l’internationalisation de la crise algérienne.
L’entretien de Madeleine Albright et Hubert Védrine a précédé de peu une intervention sur l’Algérie prononcée à l’Assemblée générale par leur homologue allemand Klaus Kinkel.
Rompant le quasi-silence observé aux Nations Unies sur le drame vécu par le pays, ce dernier a posé la question de savoir jusqu’à quand la communauté internationale pourrait s’en détourner.
Après avoir rappelé que le terrorisme avait «relevé sa tête hideuse à Mostar, à Jérusalem et au Caire», il a ajouté que «le caractère abominable du dernier carnage perpétré en Algérie (...) a véritablement de quoi couper le souffle».
Quatre-vingt-cinq à 200 personnes ont été sauvagement assassinées, au début de la semaine près d’Alger, massacre qui s’inscrit dans un interminable conflit intérieur ayant fait quelque 65.000 morts depuis cinq ans.
«Combien de temps ?»
«Combien de temps la communauté internationale pourra-t-elle détourner les yeux? a lancé Kinkel. Je sais combien il est difficile d’apporter une aide de l’extérieur, mais nous ne pouvons pas accepter une situation dans laquelle des personnes totalement innocentes sont tuées de la façon la plus cruelle, dans l’obscurité, sans que la communauté mondiale se lève et réagisse».
«Nous sommes impuissants face à un tel massacre de personnes dont la plupart ne sont engagées à aucun titre», a ajouté Klaus Kinkel, qui a également recommandé la mise au point rapide d’une convention contre les attentats terroristes à l’explosif.
Le ministre allemand était le premier intervenant à aborder les massacres en Algérie depuis l’ouverture, lundi, du débat de l’Assemblée générale auquel prennent part chefs d’Etat et de gouvernement et ministres des Affaires étrangères.
Le secrétaire général de l’ONU, Koffi Annan, a condamné à deux reprises les tueries, dans des communiqués publiés le 29 août et le 23 septembre. Le 3 septembre, Koffi Annan a téléphoné au président algérien Liamine Zéroual pour lui faire part de sa préoccupation. Mais l’Algérie a fait savoir qu’elle rejetait toute ingérence dans ses affaires intérieures et disposait des institutions nécessaires pour faire sortir le pays de la crise.
Hubert Védrine n’a pas évoqué l’Algérie en s’adressant à l’Assemblée. Lors d’une rencontre avec des journalistes, il a dit que les Français étaient, comme tout le monde, indignés par la situation en Algérie et que la France était naturellement favorable à une solution qui mette fin à la violence, mais que la question concernait au premier chef les Algériens eux-mêmes.
Le Conseil de Sécurité n’a pris aucune initiative au sujet de la situation en Algérie. Plusieurs de ses membres notent qu’il s’agit d’une question d’ordre intérieur, qui n’est pas inscrite à l’ordre du jour du Conseil. (Reuter, AFP)

