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Actualités - Chronologie

Pour cause de restrictions budgétaires Villes d'eaux à sec


Les restrictions budgétaires en Allemagne ont mis les villes d’eaux à sec: le flot des curistes s’est brutalement tari, et avec lui, la principale ressource économique.

Bad Ems, malgré son renom, n’échappe pas à la déconfiture qui frappe les quelque 300 villes de cure d’Allemagne et qui devrait rayer 40.000 emplois de la carte rien qu’en 1997, selon la fédération allemande du thermalisme (DBV).
Les cliniques de Bad Ems, où une pléiade d’artistes et de têtes couronnées se pressait au siècle dernier, sont à moitié vides depuis le début de l’année.
Le phénomène a débuté en 1996, quand les conditions médicales et financières de remboursement des soins prodigués en cure par les caisses de retraite ou de maladie ont été rendues draconiennes. Les séjours, prescrits à deux millions de patients chaque année, doivent durer moins longtemps et avoir lieu moins souvent. Les salariés doivent sacrifier des jours de congés et contribuer de leur poche deux fois plus qu’avant.
L’amputation, avec pour but affiché de soulager les déficits publics à la veille de l’euro, a été radicale: le nombre de cures a diminué d’un tiers au premier semestre, des établissements ont fermé. Elle a aussi coupé les vivres à un secteur très florissant employant directement ou non 300.000 personnes, selon le DBV.
A Bad Ems, d’où Guillaume Ier télégraphia la fameuse dépêche dont le texte, raccourci par Bismarck, poussa Napoléon III à déclarer la guerre franco-allemande de 1870-71, le directeur des deux cliniques municipales, Klaus Schmitt, est encore sous le choc.
Lui, l’un des plus gros employeurs de la ville, qui rêvait de faire de Bad Ems un eldorado et de ressusciter la vie mondaine d’antan, doit aujourd’hui déchanter. Dans le bureau qu’il se vante d’occuper, car il fut jadis celui de l’empereur, M. Schmitt devrait bientôt notifier leur renvoi à une quarantaine d’employés et en contraindre quarante autres au temps partiel.
«Je voulais faire construire un orgue aquatique», s’exclame-t-il en désignant la promenade qui borde la rivière Lahn. «Mais ça coûte un demi-million et à une époque où on licencie, c’est impossible», se lamente-t-il.

Orchestre réduit

Désertée par la moitié de ses curistes, la ville tourne au ralenti. La marchande de souvenirs se plaint de passer ses journées à épousseter ses bibelots au lieu de vendre. Un autre constate qu’un magasin de maroquinerie a fermé ou que l’aubergiste installé en haut du funiculaire montant aux cliniques a mis la clé sous la porte. Sans compter les fournisseurs des cliniques: pour le boulanger, un curiste en moins, c’est tous les jours deux petits pains non vendus, explique M. Schmitt.
Bad Ems, idéalement construite au pied des massifs du Taunus et du Westerwald à l’abri de toute industrie, n’a rien d’autre à proposer à ses 10.000 habitants.
«C’est plutôt catastrophique», déclare Anja dans son kiosque. «Le gouvernement a raison, on a exagéré avec les cures. Mais on aurait pu intervenir plus progressivement, pas du jour au lendemain», estime-t-elle.
Les patients disparus n’étaient-ils pas de faux malades? «Certainement pas. On a simplement déplacé le problème», s’indigne Burkhard Stoyke du DBV, en prenant la défense, chiffres à l’appui, d’un système de soins rendu accessible à tous les salariés en 1957, et moins cher car préventif.
«Au lieu d’aller en cure, celui qui a une maladie de peau se fait prescrire des médicaments», explique-t-il. Selon lui, c’est tout bénéfice pour les médecins mais ça revient plus cher aux caisses maladie. Idem pour un salarié âgé souffrant d’un mal chronique: partir en cure et retravailler coûte moins qu’un départ en retraite définitif.
«Le plus pervers, c’est que les restrictions font partie d’un plan baptisé «pour la croissance et pour l’emploi» (le plan de rigueur du chancelier Kohl)», remarque M. Stoyke.
A Bad Ems, M. Schmitt a dû réduire l’orchestre. L’argent manque mais il est impossible de couper court à toutes les festivités ou de se plaindre trop ouvertement sans risquer de faire fuir les touristes ou les curistes privés. Ils restent désormais la seule planche de salut. (AFP)
Les restrictions budgétaires en Allemagne ont mis les villes d’eaux à sec: le flot des curistes s’est brutalement tari, et avec lui, la principale ressource économique.Bad Ems, malgré son renom, n’échappe pas à la déconfiture qui frappe les quelque 300 villes de cure d’Allemagne et qui devrait rayer 40.000 emplois de la carte rien qu’en 1997, selon la fédération allemande du thermalisme (DBV).Les cliniques de Bad Ems, où une pléiade d’artistes et de têtes couronnées se pressait au siècle dernier, sont à moitié vides depuis le début de l’année.Le phénomène a débuté en 1996, quand les conditions médicales et financières de remboursement des soins prodigués en cure par les caisses de retraite ou de maladie ont été rendues draconiennes. Les séjours, prescrits à deux millions de patients chaque...