Shoichi Yokoi, victime d’une crise cardiaque, était âgé de 82 ans. On l’avait surnommé «le soldat perdu de l’empereur».
Ce sergent de l’armée impériale était devenu un héros au Japon à son retour en 1972. Il avait foulé le sol de son pays natal avec ces mots: «C’est avec un profond embarras que je regagne ma patrie».
L’île de Guam, dans le Pacifique, avait été reprise aux Japonais par l’armée américaine en 1944 après avoir été occupée par 22.000 soldats japonais.
Fidèle au principe selon lequel un soldat de l’empereur ne se rend jamais, Yokoi s’était alors enfui dans la jungle où, solitaire, il s’est nourri des fruits de sa cueillette et de sa chasse.
C’est en janvier 1972 que deux chasseurs locaux l’ont découvert dans un coin reculé de la jungle. Un mois plus tard, il était rapatrié dans un pays devenu pratiquement étranger pour lui.
Il s’était marié en novembre 1972 et avait dû échanger sa grotte de la jungle de Guam contre une maison dans la préfecture d’Aichi.
Il fit de nombreuses apparitions à la télévision pour expliquer comment il avait réussi à survivre seul pendant si longtemps. Auteur d’un livre à succès où il raconte son expérience à Guam, il ne parvint toutefois pas à se faire élire à la Chambre haute du Parlement japonais.
Ses exploits avaient fasciné ses compatriotes.
D’autres soldats perdus de l’empereur furent recherchés dans les jungles d’Asie. On en trouva un en 1974 aux Philippines — le lieutenant Hiroo Onoda qui, contrairement à Yokoi, avait soigneusement entretenu son arme de guerre et s’en était servi pour occire plusieurs villageois philippins avant sa découverte.
En 1991, Yokoi avait connu le couronnement de sa vie de soldat en étant reçu en audience par l’empereur Akihito à Tokyo.
Ce fut un grand moment d’émotion. A son retour en 1972, ce grand modeste avait regretté de n’avoir pas servi avec assez de panache sous l’uniforme impérial. (Reuter)

