Sandra Sabbagh «porte le tutu» depuis l’âge de six ans. Aujourd’hui, elle est étudiante en «advertising and marketing» à la NDU. «Je décrocherai mon diplôme cette année si tout va bien», dit-elle. Côté ballet, elle continue de s’exercer quatre fois par semaine, été comme hiver, à raison d’une heure trente par séance. «Je donne également des cours de danse à Champville, pour les 5 à 13 ans, et remplace parfois Georgette Gebara dans son école de ballet», ajoute-t-elle.
C’est grâce à Mme Gebara, qui est «vice-présidente du centre libanais de l’ITI et qui se soucie toujours de ses élèves» que les deux ballerines ont pu vivre l’expérience du séminaire international. «J’ai personnellement reçu une bourse de l’UNESCO couvrant les frais des cours, contrairement à Maria qui a dû payer sa participation», indique Sandra.
Maria est en deuxième année d’architecture à l’ALBA. Elève de Georgette Gebara depuis l’âge de cinq ans, elle continue à danser deux à quatre fois par semaine. «Nous ne pensons ni l’une ni l’autre nous consacrer totalement à la danse», disent-elles. «D’abord c’est trop tard, ensuite c’est trop dur. Au Liban, l’Etat n’encourage pas le ballet. Ailleurs, il existe des écoles publiques, spécialisées. D’autre part, les jeunes Libanais sont loin de l’ambiance du ballet. Ils ont une fausse idée de cette danse, ils ont peur d’avoir les mollets déformés», expliquent-elles. «De plus, leurs parents ne les encouragent pas, et cela est dommage, car beaucoup d’entre eux sont doués. Il faudrait leur expliquer que le ballet est une véritable culture». Du séminaire, elles gardent de merveilleux souvenirs et souhaitent que le Liban soit représenté chaque année à Wolfsegg.
Spectacle
Wolfsegg est un petit village d’Autriche qui abrite, depuis 23 ans, le séminaire de danse de l’ITI. «Cette année, nous étions 80 filles et garçons de 12 à 25 ans», indique Sandra. «Les plus jeunes étaient accompagnés par un adulte. Il y avait des jeunes venant des Etats-Unis, de France, du Mexique, de Hongrie, du Japon, de Slovaquie, de Suisse, d’Allemagne, de Belgique, de Hollande et bien sûr d’Autriche… Pour nous, c’était une «double» première: la première participation du Liban et notre premier voyage».
Durant quatre semaines, les jeunes danseurs et danseuses, divisés en plusieurs groupes, ont suivi les cours de grands professeurs internationaux. «Nous nous entraînions tous les jours, de 10h à 19h, avec seulement une pause-déjeuner. Quant aux deux dernières semaines, les cours se sont encore intensifiés, car nous devions préparer un spectacle. Nous dansions parfois jusqu’à 22h», ajoute Maria. «En soirée, lorsque nous en avions encore la force, nous nous promenions dans le village et ses environs, et nous avons également visité, les dimanches, Salzbourg et Vienne».
Ballet classique, ballet moderne, danses de salon et danses «de caractère»… les cours du séminaire étaient variés et intéressants. «Nous avons surtout apprécié la danse «de caractère», que nous avons découverte», soulignent les deux ballerines. «Cela ressemble à la danse russe, folklorique, tout en mouvement et en rythme».
Le spectacle qui devait clore le séminaire «comportait deux parties», explique Sandra. «La première était une synthèse de ce que nous avions appris, de petites danses de divers genres: techno, caractère, moderne, classique… La deuxième partie était le troisième acte de «La Belle au Bois dormant», un classique du répertoire mondial».
Difficultés
Quatre semaines d’entraînement, cela n’a pas été sans quelques problèmes. «Le rythme était épuisant», relèvent Sandra et Maria, «mais le plus dur et le plus étrange pour nous, c’était de danser sur un…terrain de basket. En effet, il n’y avait pas de salle de ballet, pas de parquet professionnel. Nous avions donc mal aux pieds et aux genoux, car le sol n’absorbait pas le choc. De plus, il n’y avait pas de miroir, et les barres étaient en fer, déplaçables. Par ailleurs, les explications étaient données en allemand, langue que nous ne comprenons pas».
Pour les jeunes Libanaises, côté danse, «les choses se sont bien passées. Nous avons réalisé que nous étions d’un très bon niveau. Nous étions à l’aise par rapport aux autres qui sont des professionnels et qui s’entraînent 6 ou 7 heures par jour. Eux ne font que la danse, ils suivent des cours à l’université et sont diplômés, pas nous. Pourtant, notre technique est aussi développée, sinon plus. Nous faisons des sauts qu’ils ne connaissent pas. Par contre, ils sont rois en «tours» et en pirouettes. Ces mouvements demandent un entraînement continuel, et nous n’avons pas vraiment le temps de nous y consacrer en une heure trente d’exercice. Là-bas, nous en avons profité pour nous améliorer».
Côté contact, les choses étaient moins évidentes. «Nous nous sommes fait beaucoup d’amis, mais il a fallu rectifier l’idée que beaucoup avaient du Liban», poursuit Maria. «D’abord, ils étaient très surpris de voir deux Libanaises participer au séminaire, et certains d’entre eux ne savaient même pas localiser le Liban sur une carte. Tout le monde était surpris que deux «Arabes» ressemblent à ce que nous sommes, et on nous posait des questions absurdes: «Avez-vous le droit de danser et de montrer vos corps? Est-ce que vous allez à la plage?…» Pour d’autres, le Liban est un désert où chrétiens et musulmans s’entretuent. Nous avons dû leur faire un véritable lavage de cerveau», ajoutent-elles en riant, «leur assurer qu’on avait des théâtres, des salles de cinéma… Nous avons parlé politique, économie, éducation… bref, nous avons joué aux ambassadrices».
Deux ambassadrices de charme, pleines de vie et de talent…
Natacha SIKIAS


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