M. Sanioura Fouad, grand argentier de son Etat, a bien raison de nous prendre vous et moi pour d’augustes, d’infinis crétins. Bavant d’admiration je me suis surpris en effet, fiché devant le petit écran comme sur son tabouret l’auditeur automate d’un concert de tomates, en train de l’applaudir frénétiquement, à m’en craquer les phalanges comme dirait Saadé.
Quatre fois, chère Fangalouza, nous nous pamâmes presque devant le brio sionioresque.
— Quand il veut à la chinoise, bravant de sa cage dorée le vide, «laver à grande eau l’escalier de haut en bas et pas de bas en haut», en prenant garde sans doute à la glisse et aux germicides...
— Quand il fixe à 6/000 le taux des fraudes aux connaissements. On s’y connaît juste assez pour apprécier le rarissime exploit des gabelous sages qui auraient au passage vérifié 40.000 formalités dont la moindre est de vingt pages.
— Ce qui n’empêche d’ailleurs pas le Colbert local de tirer son chapeau, côté corruption, au «diable qui aura toujours un temps d’avance» sur les purificateurs clapotant dans les marches escalières. Admirez la franchise, toujours douanière.
— Enfin et surtout, quand il soutient que la hausse du déficit budgétaire est en train de baisser (sic!), que tout compte fait on ne va grever les pertes initialement prévues que «de 100 à 150 milliards de LL». Soixante à 90 millions de dollars, rien que cela. Admirez là aussi la précision, la haute compétence technique de notre Lord de l’Echiquier et du chéquier. «A 95%, clame-t-il, nous aurons tenu notre pari... Quel pays peut dire mieux?» Drôle de paris en effet: un déficit prévisionnel de 37%, rien que cela aussi, et qui va au bout du compte frôler les 50%, grand bien lui fasse, merci.
J’en ai pleuré, je vous dis, de joie, de reconnaissance et d’heureuse surprise.
Merci, ô merci mille fois millefeuille Sanioura, notre Zorro du chiffre, notre renaissance, notre sauveur, notre nettoyeur en chef. Popoche comprise.
J.I.


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