Agé de cinquante ans, le dirigeant centriste au visage juvénile semblait le mieux placé mardi pour succéder au premier ministre travailliste Thorbjoern Jagland, dont la formation reste de loin la plus importante du pays mais qui ne parvient pas à renouer avec son score électoral de 1993.
Bondevik devrait tenter de constituer une coalition gouvernementale avec le Parti centriste et le Parti libéral Venstre.
Si les politologues n’accordent qu’une durée de vie éphémère à la construction très minoritaire — qui ne dispose que du quart des sièges au nouveau Parlement —, ils conviennent avec Bondevik que ce pasteur dirigera le prochain gouvernement.
Tout au long de sa campagne, le politicien-religieux s’est attaché à persuader l’électorat norvégien que son arrivée à la tête du pays ne correspondrait pas à un retour à l’ordre moral.
«La société sera plus chaleureuse avec le Parti chrétien populaire», a-t-il martelé.
Né en 1947 à Molde, sur la côte norvégienne, Kjell Magne Bondevik a mené de front sa carrière politique et sa vie religieuse. En 1968, il prenait la tête de la section des jeunes du Parti chrétien populaire et entrait cinq ans plus tard au Parlement qu’il ne devait plus quitter.
Vétéran de la politique norvégienne, il a successivement occupé les postes de ministre de l’Eglise et de l’Education (1983-1986) et des Affaires étrangères (1989-90).
Ses convictions en matière de politique économique (un mélange de libéralisme et d’interventionnisme étatique) et de diplomatie (atlantisme et défense des droits de l’homme) sont majoritaires en Norvège. En revanche, ses prises de position sur le terrain des mœurs font dire au quotidien «Verdens Gang», apostrophant ses lecteurs: «Accrochez-vous, vous tous qui êtes montés sur les barricades de la liberté dans les années 1960, 1970 et 1980: la Norvège pourrait avoir un premier ministre du Parti chrétien populaire».
Le droit à l’avortement et la législation sur les mariages homosexuels sont notamment dans le collimateur de Bondevik. Son programme prône aussi l’interdiction d’ouverture des magasins le dimanche. La violence à la télévision et les programmes religieux figurent également au nombre de ses préoccupation: Kjell Magne Bondevik veut augmenter le nombre de ces derniers à la télévision et à la radio et repousser la diffusion de programmes comportant des scènes violentes après 21h00.
Enfin, Bondevik entend réduire la consommation d’alcool de 25% d’ici l’an 2000 en renforçant davantage les restrictions à la vente. Ses invités aux cocktails du ministère des Affaires étrangères se souviennent qu’on leur demandait s’ils désiraient du vin ou des rafraîchissements sans alcool. (Reuter)

