Symbole de la restauration rapide américaine, le hamburger a été frappé de plein fouet par la destruction de plus de 10.000 tonnes de viande hachée congelée produite par la firme Hudson Foods et contaminée par la bactérie Escherichia coli (E. coli).
Le choc provoqué par cette décision historique du département de l’Agriculture (USDA) a amené les Américains à se pencher sur leur alimentation et sur les mesures de protection, parfois pratiquement inexistantes, prises par les autorités sanitaires.
Selon les Centres pour le contrôle des maladies (CDC), quelque 80 millions d’intoxications alimentaires sont répertoriés chaque année dans l’ensemble du pays, dont 9.000 cas fatals, faute de mesures efficaces pour la protection du consommateur.
De par sa place dans l’assiette des familles, le bœuf a d’abord retenu l’attention des Américains, inquiets de l’affaire Hudson Foods. Ils ont alors découvert que de nombreux élevages mettaient au menu de leur bétail de la fiente de poulet, des chats ou des chiens morts fournis par les vétérinaires ou les laboratoires, du sang et des viscères d’autres animaux, ou encore des déchets alimentaires.
Dans les champs, ces animaux peuvent également ingurgiter de l’arsenic, du mercure ou du plomb en paissant dans des herbages nourris aux engrais à base de détritus recyclés.
Rinçage au
chlore
Par ailleurs, si aucun cas de maladie de la vache folle n’a encore été détecté, la peur de cette affection qui peut se transmettre à l’homme reste vivace. Une organisation américaine de défense des consommateurs, le Centre pour la science dans l’intérêt du public (CSPI), accusait récemment certains bouchers d’utiliser pour l’abattage du bétail un pistolet pneumatique pouvant augmenter les risques de contamination.
Enfin, les Etats-Unis sont les seuls utilisateurs au monde d’hormones pour l’élevage bovin, une pratique jugée nuisible par l’Union européenne qui impose un embargo contre les importations de viande bovine américaine.
L’Europe conteste également les procédés américains de décontamination et de rinçage des volailles. Les abattoirs américains se servent de chlore en fin de chaîne de production et utilisent à mauvais escient l’eau de nettoyage, ce qui présente pour les Européens un danger accru de contamination par la salmonelle.
Certaines enquêtes aux Etats-Unis indiquent d’ailleurs que 60% des volailles et des œufs sont souillés par cette bactérie.
Les fruits et légumes sont également souvent accusés d’intoxications alimentaires. En juillet, 185 personnes qui avaient consommé du basilic ont souffert de cyclosporiasis. D’autres cas de cette infection intestinale parasitaire avaient auparavant été attribués à des fraises venant du Mexique et à des framboises du Guatemala.
La semaine dernière, une mise en garde a été lancée par l’administration contre les jus de fruits et de légumes non pasteurisés. L’automne dernier, des jus de pomme avaient provoqué aux Etats-Unis et au Canada une épidémie par le bacille 0-157 qui avait touché 66 personnes, faisant un mort.
Les habitants de 245 agglomérations du Middle West, soit 4,3 millions de personnes, ne peuvent même pas se rabattre sur l’eau du robinet: en 1996 la teneur en pesticides de leur eau pouvait être considérée comme dangereuse pour la santé, selon une association indépendante de défense de l’environnement, Environmental Working Group.
Toutefois, les inquiétudes nées des derniers cas d’intoxication et le retrait de tonnes de viande hachée ont peu de chances de changer les habitudes alimentaires d’un pays où un adulte sur trois est obèse. (AFP)
Chaque année, 80 millions de cas d’intoxication sont signalés, dont 9.000 cas sont fatals. Le bœuf est nourri à la fiente de poulet, l’eau contient des pesticides... E. coli, 0-157: des chiffres et des lettres qui commencent à terrifier les Américains

