La présence d’une forte délégation roumaine en Chine, conduite par le président Emil Constantinescu, fait resurgir le décalage extraordinaire — malgré la pérennité d’une amitié entre les deux pays —, entre ces deux sociétés dans leur évolution.
Le mot «communiste», qui se lit, s’entend et s’écrit toujours en Chine, particulièrement cette semaine, est pratiquement prohibé du vocabulaire politique roumain, s’apparentant seulement à «dictature» et «misère».
A Shanghai, il n’y a plus de portraits de Mao dans les rues, même s’il en reste dans quelques familles. Mais, dans les hôtels, les magasins, des objets à son effigie sont toujours vendus avec respect.
«Nous avons été élevées dans le respect du président Mao. Notre ville a complètement changé, la société a été bouleversée, le communisme lui-même a changé, mais Mao demeure une personne importante», dit Zhang Fei, une jeune femme chauffeur de taxi.
A Pékin, sur la place Tainanmen, vingt ans presque jour pour jour après son inauguration, le mausolée du «grand timonier» est en travaux. Mais des couples d’amoureux viennent toujours devant l’imposant édifice s’y faire photographier.
Ceausescu, exécuté après un jugement sommaire le 25 décembre 1989, a été enterré à la va-vite dans le cimetière Ghencea a Bucarest. Si des citoyens viennent souvent fleurir sa sépulture, où une croix a été apposée récemment, aucune personnalité publique ne songerait à l’honorer.
Paradoxalement, c’est à l’issue d’un voyage, en 1971, en Chine et en Corée du Nord, et tout particulièrement après des entretiens avec Mao que Ceausescu, qui refusait de condamner Pékin dans la querelle sino-soviétique a bouleversé une politique, considérée jusque-là «plutôt libérale».
«Ceausescu a pris ce qu’il y avait de pire chez Mao. Il disait qu’il comprenait la Chine, mais il n’y comprenait rien. Il parlait de réforme, mais aucune réforme ne venait», dit Radu Bogdan, directeur de Bucarest-Matin.
«Ceausescu voulait appliquer chez nous la révolution culturelle, et revenir à un socialisme rigide. Cela fut critiqué notamment par Ion Iliescu», qui fut président de 1989 à 1996, rappelle Valentin Paunescu, directeur de Curierul national, qui a couvert dans le passé Ceausescu dans des voyages officiels, notamment en Chine.
«Mais c’est Deng Xiaoping (le père des réformes économiques, décédé en février) qui a perpétué Mao. Nous, nous n’avons pas eu de Den Xiaoping. Voilà toute la différence», ajoute-t-il.
Autre analyste de la vie politique internationale et de la Roumanie, Bogdan Chireac, rédacteur en chef-adjoint d’Adevarul, souligne: «La Chine et la Roumanie sont deux peuples complètement différents. Ceausescu a été impressionné par ce qu’il a vu ici». Mais, à sons sens il y a un côté «fétichiste» dans le culte de Mao.
«Un mausolée de Ceausescu, après tout, cela serait une juteuse affaire financière. Il y a bien eu une vodka Ceausescu qui a très bien marché», ironise-t-il.
De son côté, M. Constantinescu qui a visité Pékin et Shanghai s’est attaché à replacer l’amitié traditionnelle roumano-chinoise dans un cadre historique bien antérieur aux «années Ceausescu». (AFP)

