Dans les rues d’Edimbourg et de Glasgow, dans les stades comme dans les musées ou même dans les journaux, les références à la «nation» écossaise, à sa culture, ne manquent pas.
Lorsqu’ils voteront jeudi au référendum, pour dire si, oui ou non, ils approuvent la création d’un Parlement écossais, beaucoup le feront surtout avec leur cœur.
Le cœur qui leur fait désormais chanter à pleine voix «Flower of Scotland» (Fleur d’Ecosse) plutôt que l’hymne britannique «God Save the Queen» avant et pendant les matches de rugby du tournoi des Cinq nations.
Ou cette fibre sentimentale qui, il y a deux ans, avait valu au film «Braveheart» un accueil dont l’enthousiasme confinait aux excès nationalistes. «Braveheart» contait les exploits de William Wallace, héros écossais qui, au Moyen Age, résista au joug et à la cruauté des Anglais.
Nicola McEwen, jeune responsable du Parti nationaliste écossais (SNP), explique que ce film hollywoodien a pu réveiller chez certains une conscience nationale. «On ne m’avait jamais appris l’histoire de l’Ecosse à l’école», explique-t-elle, même si dans beaucoup de familles l’héritage culturel écossais se transmet de génération en génération.
«Alex Salmond (le leader du SNP) a appris l’histoire de l’Ecosse sur les genoux de son père», sourit-elle.
Le nationalisme écossais a aussi bénéficié d’un affadissement de l’identité britannique. La fin de l’empire et la paix qui règne désormais en Europe ont favorisé à la réémergence des identités nationales des peuples qui composent le Royaume-Uni.
En kilt
Le phénomène national écossais est particulièrement perceptible depuis une trentaine d’années. Pendant les années 70, il était même devenu un enjeu prééminent du débat politique. Le mouvement indépendantiste a profité du phénomène, et le SNP a réussi aux élections générales du 1er mai à envoyer 6 députés à Westminster, en réunissant 22% des voix.
Dans toutes ses interventions publiques, M. Blair, instigateur du référendum, se garde bien d’évoquer l’identité nationale écossaise. Pour lui, la «dévolution» consiste surtout, officiellement, à rapprocher l’organe législatif du lieu d’application des décisions.
Du reste, l’opinion écossaise n’est guère passionnée pour la campagne référendaire éclair que les principaux leaders politiques britanniques ont menée cette semaine.
M. Blair avait même paru surpris, lorsque se livrant au jeu des questions-réponses avec quelques centaines d’Ecossais à Edimbourg, il avait été plus interrogé sur la santé et l’éducation que sur la «dévolution».
«Probablement, les gens se sont fait une opinion depuis très longtemps», avance Nicola McEwen car, sans être indépendantiste, de très nombreux Ecossais attendent avec impatience le rétablissement d’un Parlement à Edimbourg.
«Les gens sont calmement enthousiastes, les Ecossais ne sont pas des gens très démonstratifs», explique David, militant de la cause nationale sans pour autant être affilié à un parti. Sur High Street, la rue historique et commerçante d’Edimbourg, il s’est drapé d’un étendard écossais et fête déjà la «dévolution», en défilant, avec une trentaine d’amis, derrière un joueur de cornemuse vêtu du kilt traditionnel. (AFP)

