Si les prévisions des sondages se vérifient, Edimbourg disposera vite d’une assemblée de 129 membres, dotée de pouvoirs législatifs dans des domaines tels que la santé, l’éducation, la justice, la culture, et peut-être la fiscalité.
Près de trois siècles après le traité d’union entre l’Angleterre et l’Ecosse et la disparition du dernier Parlement d’Edimbourg en 1707, la décision changera radicalement le visage de la politique écossaise, et même britannique.
Pendant quatre jours depuis dimanche, les grands leaders politiques se sont succédé à Edimbourg, à Glasgow et dans les autres grands centres écossais, pour une campagne écourtée par le décès de la princesse Diana.
Le premier ministre Tony Blair a appelé les Ecossais à saisir cette chance, et à répondre par un «double oui», un «yes, yes», aux deux questions qui leur seront soumises. La première porte sur la création du Parlement, la seconde sur l’octroi de compétences fiscales limitées à la nouvelle assemblée. Chacune devra être approuvée par une majorité d’au moins 50%.
«Il n’y a rien à craindre de ce changement, c’est un bon changement, c’est un changement juste», a-t-il dit.
M. Blair, comme l’ensemble de la classe politique, a décelé une hésitation chez les Ecossais. S’ils attendent depuis des années la création d’un Parlement, ils ont semblé troublés par les mises en garde de nombreux chefs d’entreprises à propos de la seconde question.
Compétence limitée
De grands capitaines d’industrie sont sortis de leur réserve pour estimer que l’octroi de pouvoirs fiscaux à l’assemblée pourrait se traduire, en bout de chaîne, par une perte de compétitivité des entreprises implantées en Ecosse. La section écossaise de la Confédération de l’industrie britannique (CBI) a exprimé de «sérieuses inquiétudes» sur le projet.
Un non à la seconde question serait considéré comme un échec pour M. Blair, qui a fait de la «dévolution» — c’est-à-dire la délégation de pouvoirs de Londres vers Edimbourg — un des projets emblématiques de son mandat.
Le camp du non, regroupé derrière le Parti conservateur, ne s’y est pas trompé. C’est sur la fiscalité que le leader tory, William Hague, a axé sa fin de campagne.
«Faire de l’Ecosse la région du Royaume-Uni la plus lourdement imposée serait une très grave erreur pour l’Ecosse et pour tous ceux qui vivent en Ecosse», a-t-il déclaré. «Je demande à l’Ecosse de dire: faisons du Royaume-Uni un succès en y appartenant, ne faisons pas des choses qui commenceront à le faire éclater», a-t-il ajouté.
La compétence fiscale qui pourrait être octroyée au nouveau Parlement reste néanmoins très limitée. Celui-ci aura le pouvoir de relever ou de baisser de 3% le taux de l’impôt autour du niveau fixé pour l’ensemble du Royaume-Uni.
Les dernières enquêtes donnent l’avantage à un «double-oui». M. Blair n’a voulu prendre aucun risque et promis en fin de campagne qu’une majorité travailliste dans la nouvelle assemblée écossaise s’abstiendrait de toute augmentation des impôts pendant cinq ans.
Les nationalistes du Parti national écossais (SNP), qui se battent pour la «dévolution» aux côtés du gouvernement travailliste et du Parti libéral-démocrate, jouent, eux-aussi, très gros sur cette consultation. Il leur faudra un résultat probant et une forte participation pour donner de la crédibilité à leur but ultime, l’indépendance de l’Ecosse.
«La plupart des gens pensent que la «dévolution» doit être un pas en avant vers l’indépendance, mais le jugement dépend du peuple écossais. A chaque étape du processus, le peuple écossais déterminera son avenir», estime Alex Salmond, le leader des nationalistes.
Le scrutin de jeudi devrait fournir des enseignements sur l’imminence — ou au contraire sur l’illusion — d’un tel processus. Il sera suivi d’un second référendum, le 18 septembre, qui vise à accorder au pays de Galles une formule d’autonomie plus limitée. (AFP)

