L’accord conclu mardi entre responsables pétroliers russes et tchétchènes devrait assurer l’exportation vers l’Europe occidentale, à partir du 7 novembre, du pétrole extrait des immenses réserves off-shore azerbaïdjanaises.
Mais la Russie a dû pour cela négocier d’arrache-pied avec la Tchétchénie, qui s’estime d’autant plus indépendante qu’elle a chassé l’armée russe à l’été 1996 après 20 mois de guerre.
Le seul moyen existant d’exporter le pétrole azerbaïdjanais est en effet un oléoduc reliant Bakou, au bord de la Caspienne, au port russe de Novorossiisk (mer Noire) en traversant la Tchétchénie sur 153 km.
La Russie a convenu mardi de verser au total 854.000 dollars à la Tchétchénie pour faire transiter par cet oléoduc les 200.000 premières tonnes de pétrole azerbaïdjanais, a indiqué le premier vice-premier ministre russe Boris Nemtsov sur la télévision NTV.
La Russie financera notamment les réparations nécessaires sur cet oléoduc endommagé pendant la guerre, a ajouté M. Nemtsov.
Les négociations russo-tchétchènes butaient ces dernières semaines sur le partage des recettes tirées du transit pétrolier: les Tchétchènes jugeaient insuffisante une proposition russe de 0,43 dollar par tonne de pétrole.
Ils faisaient valoir que ce chiffre était celui en vigueur à l’intérieur du territoire russe, alors qu’ils se considèrent comme un Etat indépendant.
Selon le compromis finalement trouvé, la société Transneft chargée de l’exploitation des oléoducs russes versera 0,43 dollar par tonne. Mais le gouvernement russe y ajoutera un complément «pour la reconstruction et la surveillance» de l’oléoduc, a indiqué M. Nemtsov.
Cet artifice a permis à la Russie d’annoncer que la Tchétchénie avait été finalement traitée comme tout autre territoire russe, et non comme un Etat tiers.
Pas d’illusion
«Personne ne pourra se faire d’illusion sur des conditions privilégiées soi-disant accordées à la Tchétchénie», a affirmé M. Nemtsov.
L’accord arraché in extremis permet aussi, et surtout, à la Russie de remplir son engagement d’acheminer le pétrole azerbaïdjanais dès que celui-ci commencera à être extrait, soit à partir du 7 novembre.
L’oléoduc russe est actuellement le seul qui puisse transporter la production initiale («early oil») des champs azerbaïdjanais, exploitée par un consortium international qui y a investi 6 milliards de dollars.
Un second oléoduc reliant Bakou au port géorgien de Supsa (mer Noire) n’entrera en service que fin 1998.
Mais la difficulté des négociations paraît avoir convaincu la Russie que la Tchétchénie n’était pas un partenaire suffisamment stable pour le véritable enjeu: l’exportation de l’essentiel du pétrole azerbaïdjanais, prévue dans quelques années.
Plusieurs projets sont en concurrence, dont un oléoduc passant par la Géorgie et aboutissant à Ceyhan (Turquie), qui offrirait l’avantage de déboucher directement sur la Méditerranée et d’éviter le détroit turc des Dardanelles.
Face à ce danger, Boris Nemtsov a indiqué mardi qu’il allait «probablement (s’occuper) d’un projet de construction d’un oléoduc contournant la Tchétchénie», a rapporté l’agence ITAR-TASS.
Les experts russes estiment qu’un tel projet pourrait être mené en un an. Le principal problème est celui du financement, qui atteindrait entre 150 et 200 millions de dollars.
Ce projet est le seul viable à long terme, a indiqué un responsable du ministère russe de l’Energie sous couvert de l’anonymat.
«La Russie sera de toutes façons devant la nécessité de construire un nouvel oléoduc en raison de l’instabilité en Tchétchénie», selon cette source.
«La Russie fera tout pour éviter de devoir transporter l’essentiel du pétrole azerbaïdjanais par la Tchétchénie, qui est un conglomérat de clans et d’intérêts imprévisible», confirme Alexei Malachenko, analyste au centre Carnegie de Moscou. (AFP)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine