Les réalisateurs de l’ancienne colonie de la Couronne britannique, redevenue chinoise depuis juillet, confinés dans les genres du film d’action et de comédie, ont toutefois développé, à cette école, un sens de l’énergie et de l’action efficace qui n’a pu que séduire outre-pacifique.
Tsui Hark ou Kirk Wong, pour ne citer qu’eux, ont suivi les traces de Woo, arrivé aux Etats-Unis en 1992, après s’être fait une réputation avec «The Killer» (1989).
Sans parler des autres cinéastes asiatiques que sont Ringo Lam, Wayne Wang ou Ang Lee.
Cet afflux vers le Nouveau Monde est d’abord motivé par la possibilité de montrer des histoires d’un autre genre.
«A Hong Kong, les seules choses qu’on peut tourner ressortent soit de la comédie soit du genre du film d’action; le film artistique n’est pas soutenu. Il est vrai que Hong Kong est avant tout une place commerciale où se brasse beaucoup d’argent», a-t-il déclaré, dans l’atmosphère feutrée d’un salon du Normandy.
Mais de l’autre côté de la porte, il y avait un ballet sonore ininterrompu dansé par des journalistes, des attachés de presse, des photographes et des caméramen.
Mais pas de curieux à la recherche d’autographes, le «staff» entourant les vedettes se chargeant d’éconduire poliment mais fermement tous ceux n’ayant pas d’objectifs professionnels.
Le facteur politique n’est pas absent de cet exode. «Si un sujet touche au domaine de la politique ou implique le gouvernement, on se heurte à un refus. Ce sont des sujets très sensibles là-bas à Hong Kong».
Woo a retrouvé aux Etats-Unis un producteur originaire lui aussi de Hong Kong: Terence Chang. Ce dernier a déjà produit ses trois derniers films «chinois».
Un an plus tard, les deux hommes font équipe pour «Chasse à l’homme» (Hard Target), avec Jean-Claude Vandamme. Suit deux ans après «Broken Arrow», avec John Travolta et Christian Slater, puis, cette année, «Volte Face» (Face/Off), avec encore Travolta opposé cette fois-ci à Nicolas Cage.
Deux anges
Tout en conservant son penchant pour l’action poussée au-delà des limites de la vraisemblance, Woo s’est amusé dans «Volte/Face» à traiter du vieux sujet du double et du dédoublement de la personnalité.
A ceci près que ce dédoublement n’est pas que mental mais aussi physique, les deux adversaires s’échangeant leurs visages respectifs pour mieux tromper leur monde, d’où une curieuse relecture de la concomittance du Bien et du Mal en chacun.
«J’ai toujours pensé qu’il n’a pas de méchant absolu et de bon absolu en ce monde. En plus, il y a toujours quelque chose à tirer, et du bon et du mauvais», a-t-il expliqué.
«Il y a toujours eu lutte entre le Bien et le Mal dans le monde et mes personnages sont toujours en équilibre précaire entre eux: le bon n’est jamais totalement bon et le méchant n’est jamais tout à fait méchant».
Entraînant la question sur le terrain religieux, Woo a poursuivi: «Dieu a créé deux anges, un ange du Mal et un ange du Bien. Entre les deux, il y a un effet-miroir et c’est cela qui m’intéresse c’est pourquoi, d’une certaine manière, ce film comporte un message».(Reuter)

