Toutes religions confondues, l’Inde a salué la mémoire du prix Nobel de la paix, décédée vendredi soir à l’âge de 87 ans d’un arrêt cardiaque et dont les obsèques auront lieu le 13 septembre à Calcutta.
Son cercueil sera exposé à partir de dimanche en l’église Saint-Thomas. Mère Teresa sera enterrée chez elle à Calcutta, la ville à la misère criante qu’elle avait tenté, en 47 ans à la tête des Missionnaires de la Charité, de transformer en «Cité de la Joie».
Le premier ministre Inder Kumar Gujral a déposé dimanche à Calcutta une gerbe de fleurs à sa mémoire. Les drapeaux ont été mis en berne samedi.
Au moins 6.000 personnes, certaines en pleurs, se sont recueillies samedi au siège de la congrégation devant Mère Teresa reposant enveloppée de son traditionnel sari blanc bordé de bleu clair.
Pendant quelques heures, certains ont pu entrer, parmi lesquels beaucoup d’étrangers, et ont laissé des fleurs ou des photos du prix Nobel de la paix, avant que l’ordre ne ferme ses portes.
Un millier de personnes avaient défilé devant la dépouille de Mère Teresa dans la nuit quelques heures après sa mort vendredi à 21h30 (16h00 GMT), baisant ses pieds nus. Mère Teresa était entourée de religieuses toutes en saris blancs et bleus, dont sœur Nirmala, la nouvelle supérieure qui avait pris les rênes de la congrégation en mars.
Mais samedi matin, face à plusieurs centaines de personnes qui se pressaient sous une forte pluie devant la «Maison de la Mère», la congrégation avait décidée de ne plus accepter de visites, et de transférer le corps de Mère Teresa à Saint-Thomas, plus pratique pour cet hommage populaire. La police avait dû mettre en place des barrières pour contenir des centaines de personnes, hindous, musulmans et chrétiens, qui s’entassaient dans la petite allée menant à la mission, certains sur les toits environnants.
«Elle était une personne merveilleuse qui a influencé la vie de tous. Je l’ai rencontrée une fois. Vous vous sentiez meilleur rien qu’en la regardant», expliquait Tess Joseph, un adolescent chrétien venu avec des fleurs.
Une institutrice musulmane, Sufia Riazi, disait avoir perdu sa mère, «la mère du monde entier». Elle regrettait de ne pouvoir la voir. Elle était «une déesse vivante qu’on ne pourra pas remplacer», estimait un étudiant hindou.
Les religieuses ont indiqué que la mort de Mère Teresa avait été un choc, car elle semblait en relative bonne forme vendredi.
Elle devait prier tôt samedi lors d’une messe à la mémoire de la princesse Diana, tuée dimanche dernier dans un accident de voiture, comme elle l’avait fait au lendemain de l’annonce du décès de Diana qui l’admirait.
Mais Mère Teresa était malade du cœur depuis longtemps. On lui avait implanté un régulateur en 1989 et en 1996 elle avait souffert d’un premier arrêt cardiaque. Elle souffrait aussi de problèmes pulmonaires et de la malaria. De l’oxygène lui était administrée trois fois par jour.
Sunita Kumar, une proche collaboratrice, a précisé qu’elle avait été victime d’un «grave arrêt du ventricule gauche».
Née Agnes Gonxha Bojaxhiu le 26 août 1910 à Skopje, de parents d’origine albanaise, Mère Teresa, qui avait pris la nationalité indienne, avait fondé les Missionnaires de la Charité à Calcutta le 7 octobre 1950.
Cet ordre compte aujourd’hui plus de 4.000 membres dans quelque 600 institutions dans plus de 120 pays.
Son œuvre au service des pauvres, des mourants, des lépreux et plus récemment des victimes du sida, lui avait valu le prix Nobel de la paix en 1979. Elle avait reçu de nombreuses autres distinctions internationales. De très nombreuses réactions de tristesse et des hommages sont venus du monde entier, notamment du Pape Jean-Paul II qui a prié pour elle.
Classe politique et médias indiens unanimes ont loué l’œuvre de compassion de cette femme catholique transcendant les différences confessionnelles dans un pays à majorité hindoue avec une forte minorité musulmane. Le principal parti nationaliste hindou a estimé que l’Inde avait perdu une «grande âme». Un haut dignitaire musulman l’a qualifiée de «sainte».

