Depuis la proclamation unilatérale d’indépendance d’Anjouan, le 3 août, les drapeaux bleu-blanc-rouge de l’ancienne puissance coloniale, la France, et les drapeaux rouges des anciens sultans, avaient remplacé le drapeau comorien sur les bâtiments publics et les mosquées.
Mercredi après-midi, alors qu’aucune information ne pouvait être obtenue de source indépendante, faute de communications avec Anjouan, le gouvernement affirmait que les militaires avaient pris le contrôle de l’aéroport de l’île, situé à Ouani (nord), du port international de Mutsamudu (nord) et de la ville de Domoni, sur la côte est.
Selon les autorités, les drapeaux comoriens flottent de nouveau sur ces sites stratégiques.
Selon plusieurs sources, l’opération militaire avait commencé vers 5h. heure locale (15h. heure de Beyrouth) et était menée par 200 à 300 soldats arrivés de Moroni à bord de deux bateaux civils réquisitionnés.
Les séparatistes, estimaient les observateurs, ont vraisemblablement barré les routes avec des troncs d’arbres ou d’autres obstacles, comme ils l’avaient fait pendant les manifestations de juillet, qui avaient fait deux morts.
Communications coupées
Le ministère comorien des Affaires étrangères a affirmé que «l’autorité de l’Etat» avait été rétablie «sans effusion de sang».
Mais les organismes internationaux et agences humanitaires contactés à Moroni n’ont pu confirmer que l’intervention n’avait pas fait de victimes.
Depuis lundi soir, toutes les communications téléphoniques, aériennes et maritimes sont suspendues avec Anjouan.
Le ministère français des Affaires étrangères, tout en estimant que la sécurité de la communauté française à Anjouan n’était pas menacée, a dit ne pas connaître le bilan de l’intervention.
«Nous restons persuadés qu’une solution durable à la crise ne peut procéder que d’une négociation pacifique entre toutes les parties comoriennes», a indiqué un porte-parole du Quai d’Orsay.
L’envoyé spécial aux Comores de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), Pierre Yéré, dont les appels au calme n’ont pas convaincu le président Mohamed Taki Abdoulkarim de renoncer à l’intervention militaire, a lui aussi répété que le dialogue ne devait pas être rompu.
«Les problèmes de fond, les problèmes économiques surtout, qui sont la cause du soulèvement (des Anjouanais), ne sont pas résolus», a-t-il estimé.
Il a néanmoins souligné que la conférence de réconciliation qui aurait dû commencer le 10 septembre à Addis-Abeba sera reportée.
Dans un communiqué lu à la radio nationale, le ministère des Affaires étrangères a expliqué que l’intervention avait été motivée par «la dégradation de la situation politique et sociale» à Anjouan.
Cette «dégradation», a expliqué le ministère, était caractérisée par «l’usage abusif de la drogue et de l’alcool, les viols, les vols, les rackets, la destruction des biens appartenant à l’Etat et la confiscation des libertés publiques».
Le président Taki a «toujours prôné le dialogue et la concertation». «Mais les exigences et les abus souvent fantaisistes des séparatistes» ayant «pris une tournure capable de porter atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale (...), les hautes autorités ne pouvaient et ne devaient pas laisser le climat social continuer à se détériorer», a ajouté le ministère.
A Paris, une organisation comorienne des droits de l’homme «SOS Démocratie», a estimé mercredi que l’intervention «brutale» de l’armée comorienne dans l’île d’Anjouan «risque d’hypothéquer l’effort entrepris par l’OUA» visant à «éviter un nouveau bain de sang et à privilégier une solution négociée». (AFP)

