Construit sur le bien-fonds numéro 1237, l’immeuble donne sur la rue Achrafieh, la rue Monot et la rue de Damas. Conçu en 1924 par l’architecte Joseph Aftimos qui a aussi dessiné les plans de l’Hôtel de Ville, l’immeuble comprend deux corps de bâtiment reliés par une façade en colonnades abritant des loggias. L’entrée principale, non couverte, donne accès à une cour intérieure d’où partent deux volumes d’escaliers menant à des appartements aménagés en «liwan», la maison typiquement libanaise. Des escaliers de secours et de service sont construits à l’extérieur. L’ensemble, décoré de frises, présente des «vistas» ou des vues cadrées étonnantes. L’architecte Rani Jamal, qui s’est penché sur le relevé détaillé de cette architecture, souligne le «concept unique de l’utilisation de l’espace».
L’architecte Fadlallah Dagher, (chargé en 1996 par le ministère de la Culture de répertorier, dans la couronne du centre-ville, toutes les demeures anciennes), a entamé en seconde phase le recensement du secteur Sodeco jusqu’à l’Avenue de l’Indépendance. Selon l’arrêté No 1879, les maisons répertoriées sont placées sous étude. Toutefois, «le gouvernement n’a pas de politique claire à ce sujet» dit Fadlallah Dagher qui ajoute: «La Direction générale de l’Urbanisme a retiré de la liste que nous lui avons soumis tous les bâtiments endommagés, mais aussi les bâtiments qu’elle ne pouvait pas défendre face aux pressions politiques. Structurellement, l’immeuble Karam à Sodeco ne présente aucun danger. Mieux encore, vu sa valeur architecturale, nous avions énoncé l’idée de le préserver tel qu’il est aujourd’hui en faveur du mémorial collectif».
Beaucoup pensent de la sorte, qu’il ne faut pas détruire le patrimoine sans réagir. Mais d’autres soutiennent qu’il faut tenir compte de la synergie culture-économie. Le débat n’est pas clos et on peut trouver des arguments pour tout défendre. Avec des mots on peut jongler et se donner toujours raison. Mais en dernier ressort, ce qui doit compter à notre avis, c’est une histoire à sauver, une esthétique à retrouver, une continuité à rétablir... pour le bien-être de l’homme.
May MAKAREM


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