La décision de Joe Kennedy, l’un des chefs de file du clan le plus célèbre des Etats-Unis, de renoncer à briguer l’an prochain le poste de gouverneur du Massachusetts, confirme le déclin du mythe Kennedy, mis à mal par des affaires de moeurs répétées.
Le retrait de Joe Kennedy, 44 ans, neveu de JFK, le président assassiné en 1963 à Dallas, et fils de Bob, tué en 1968 à Los Angeles alors qu’il faisait campagne pour l’investiture du Parti démocrate à la Maison-Blanche, a fait l’effet d’une bombe, jeudi, dans un pays qui a toujours pensé que les Kennedy étaient au-dessus des lois s’appliquant au commun des politiciens.
«Les gens dans ce pays considèrent les Kennedy comme (…) la chose la plus proche d’une famille royale que nous ayions», souligne Paul Watanabe, professeur de sciences politiques à l’université du Massachusetts à Boston.
Preuve de l’impact de l’évènement: le président Bill Clinton, qui se trouve justement en vacances dans le Massachusetts, sur la petite île de Martha’s Vineyard — a immédiatement téléphoné à Joe Kennedy pour lui exprimer sa sympathie.
M. Clinton lui avait préparé le terrain en offrant cet été au très populaire gouverneur du Massachusetts, William Weld, un républicain qui aurait été difficile à battre en 1998, le poste d’ambassadeur au Mexique, ce qui l’avait amené à démissionner.
Comme l’écrivait le principal quotidien du Massachusetts, le Boston Globe, la décision de Joe montre qu’«appartenir à la plus fameuse famille politique américaine est devenue plus une malédiction qu’une bénédiction». Elle met fin aussi au mythe de l’invincibilité des Kennedy, qui n’ont jamais perdu une élection dans leur fief de Nouvelle-Angleterre.
Elu à la Chambre des représentants en 1986 et promis à un avenir national, Joe Kennedy a été rattrapé par les scandales qui se sont abattus depuis six mois sur sa famille.
Il a expliqué sa décision par le fait que sa campagne aurait été dominée par «des questions personnelles et familiales».
Il s’agissait là d’une référence à la publicité très négative provoquée par un livre publié en mars par sa première femme, Sheila Rausch Kennedy, dont il a divorcé en 1991.
«Voyouseries…»
Dans cet ouvrage, «la foi ébranlée» («Shattered Faith»), elle critique avec force la tentative de son ex-mari d’obtenir de l’Eglise catholique une annulation de leur mariage, comme si celui-ci n’avait jamais existé, et l’accuse aussi de violence verbale.
Le mois suivant, son frère Michael était accusé d’avoir eu pendant plusieurs années une liaison avec une mineure, la fille d’amis proches qui gardait ses enfants.
Cette jeune fille, aujourd’hui âgée de 19 ans, et sa famille ayant refusé de porter plainte, la justice a renoncé à engager des poursuites. Mais l’affaire a laissé des traces.
Car depuis lors, le nom des Kennedy n’a pas quitté la première page des journaux à sensation.
Comme si cela ne suffisait pas, John F. Kennedy Jr, fils de JFK et directeur de George, un mensuel politico-culturel grand public, publiait en août un éditorial dans lequel il décrivait Joe et Michael comme «des symboles d’un comportement de voyou».
Les effets politiques de cette série de tuiles n’ont pas traîné, la cote de popularité de Joe Kennedy s’éffrondrant au cours des derniers mois.
«Les gens sont très en colère contre ma famille et moi en particulier», a-t-il admis jeudi dernier.
Sa décision a toutefois surpris, dans la mesure où l’élection au poste de gouverneur n’aura lieu que dans 14 mois, ce qui lui laissait le temps de renverser la tendance.
Mais le fait qu’il ait jeté l’éponge montre justement, selon les experts, qu’il ne pensait pas que la magie des Kennedy serait cette fois-ci suffisante. Depuis les années 20, les Kennedy ont remporté 18 élections dans le Massachusetts.
S’il avait été le premier à perdre, «cela aurait été le signe d’une détérioration importante de l’influence politique des Kennedy», a déclaré à M. Watanabe. «Les enjeux étaient très élevés». (AFP)

