Le gouvernement socialiste français a admis vendredi une baisse de l’influence de la France en Afrique et l’existence d’une rivalité franco-américaine sur ce continent depuis la cessation de la guerre froide tout en affirmant que cette situation était «réversible».
«S’agissant des pays d’Afrique francophone, force est de constater que, dans plusieurs d’entre eux, notre image est brouillée. Dans quelques-uns, peu nombreux, elle est dégradée. Ici ou là, nous avons perdu du terrain», a déclaré le secrétaire d’Etat français à la Coopération Charles Josselin devant un parterre d’ambassadeurs de France. Il a cependant souligné que «les situations que j’ai qualifiées de dégradées sont réversibles».
Les responsables français tirent les leçons de la guerre du Zaïre qui s’est soldée par la chute du régime du président Mobutu sese Seko que la France avait soutenu contre l’actuel chef de l’Etat Laurent-Désiré Kabila, derrière lequel Paris voyait déjà se profiler la main des Etats-Unis.
L’effondrement du régime Mobutu et auparavant l’incapacité de la France à faire envoyer une force multinationale dans l’est du Zaïre, où la rébellion dirigée par M. Kabila avait éclaté, avaient marqué les limites de l’influence française sur un continent où pendant des décennies cette ancienne puissance coloniale avait posé ses marques.
Paris subissait ainsi les conséquences de l’opération militairo-humanitaire Turquoise lancée en 1994 au Rwanda après le génocide de la minorité Tutsie et Hutus modérés.
La minorité Tutsie au pouvoir maintenant à Kigali reproche à la France d’avoir, à travers l’opération Turquoise, cherché à protéger la fuite des «génocidaires» hutus. Elle s’est pour cette raison opposée à toutes les initiatives de Paris dans la crise zaïroise qui a abouti à l’arrivée au pouvoir de M. Kabila avec le soutien du Rwanda, dont plusieurs des dirigeants actuels ont longtemps vécu en exil en Ouganda, pays allié des Etats-Unis.
Des membres du Congrès américain ont d’ailleurs commencé à réclamer à l’administration Clinton de faire toute la lumière sur son aide militaire au Rwanda pendant tout le conflit du Zaïre.
M. Josselin a constaté dans son intervention «un regain de l’action en Afrique des Etats-Unis, après quelques années d’abandon, depuis que la guerre froide s’est achevée».
Il n’a pas manqué de souligner qu’à la différence de la France, «l’attention américaine est tout à fait sélective, centrée sur le pétrole et les ressources minières, et par conséquent sur certains pays» et qu’elle resterait donc limitée.
Il a mis en doute la capacité des Etats-Unis «de mener en Afrique une action continue et durable». «Cela s’est déjà vérifié dans le passé, car la poussée américaine (...) que nous constatons n’est pas la première et les précédentes ont été suivies de reflux», a-t-il indiqué tout en reconnaissant que «le contexte était cette fois fondamentalement différent».


La France soutient un cessez-le-feu, se « tient à disposition », déclare Macron