«Mon humeur est remontée en flèche», a déclaré le président russe, en pleine forme, après avoir visité une importante usine de production de poulets, dans cette région gouvernée par un réformateur de la nouvelle génération qu’il a félicité pour son travail.
M. Etlsine, qui s’est déjà baptisé par boutade «Boris 1er», s’est enquis, paternaliste à la manière des Tsars de l’ancien temps, des problèmes rencontrés par les travailleurs de l’usine modèle, impatients de le rencontrer.
Il est «rare de voir dans notre pays une usine qui n’a cessé ces dernières années d’augmenter sa production», a souligné le chef de l’Etat russe, 66 ans, très souriant et détendu, dans un léger costume vert.
M. Eltsine est resté longuement devant la foule pour s’informer des salaires, de la situation sociale des jeunes... «Nous vivons bien», ont répondu en cœur les employés, parés de leur plus beaux vêtements, et dont le salaire moyen s’élève à 1,2 million de roubles par mois (200 dollars), comme ailleurs en Russie.
En plaisantant, M. Eltsine a demandé: «Vous n’avez même pas le moindre petit problème à évoquer? C’est bien. D’habitude, quand on voit le président, on n’arrête pas de lui demander “donne-moi ceci, donne-moi cela”».
La seule plainte est venue du président russe lui-même: il a regretté de n’avoir pu goûter aux quarante différentes sortes de saucisses préparées dans l’usine visitée.
Vieilli et amaigri
«Il nous a bien écoutés», ont commenté tout émus les employés de l’usine, qui a produit en 1996 plus de 6.000 tonnes de poulet. «Il a changé en mieux cette année», a estimé Ivan Nirka, un ancien député travaillant dans l’usine. «Il parle de choses sérieuses, écoute mieux la population, je crois maintenant qu’il est capable de faire bouger les choses dans notre pays», a-t-il insisté.
A son arrivée à l’aéroport militaire Engels, le président russe avait donné le ton de sa visite, en affirmant être venu dans cette région de 2,7 millions d’habitants pour en constater les améliorations depuis sa dernière visite en 1992.
«Je veux voir des entreprises qui fonctionnent correctement», dans une région «qui fait partie de celles qui vont bien en Russie», avec des «bons résultats agricoles et industriels», a-t-il déclaré.
Saratov est une des régions russes les mieux loties, avec une production agricole en augmentation et d’importantes réserves de pétrole et de gaz.
Contrairement à beaucoup d’autres, cette région subvient elle-même à ses besoins, a souligné le vice-ministre des Finances, Alexei Koudrine, venu un jour avant M. Eltsine pour une réunion de travail avec l’administration.
En fin de journée, le président, qui depuis le début de l’été paraît déborder d’énergie, devait une nouvelle fois prendre un bain de foule à Saratov même, une localité de 900.000 habitants dont les multiples chantiers immobiliers montrent le regain de santé économique.
Dans cette ville de la Volga acquise au pouvoir en place, tous se réjouissaient de voir enfin le président «en si bonne forme» et «si proche de nos problèmes», comme le relevait Lioudmilla Alexeeva.
Seule peut-être une babouchka de l’usine de poulet s’inquiétait pour son cher président: «Il a tellement vieilli, il est devenu si maigre».

