Une panne du générateur principal d’électricité, lundi soir, a été traitée avec le même sang-froid qui prévaut depuis le début de la «série noire» de Mir, au début de l’année.
Le générateur réparé, le travail a repris comme à l’accoutumée à bord de la station.
Ce savoir-faire, acquis en onze ans de présence humaine ininterrompue sur Mir, constitue aujourd’hui le principal capital que la Russie apportera à la station Alpha (Etats-Unis, Russie, Europe, Japon), dont les premiers éléments seront lancés à partir de mi-1998.
Par un étonnant retour de l’histoire, la station Mir, orgueil de l’ex-URSS, est maintenant regardée par les Occidentaux comme un terrain d’entraînement et de préparation aux missions sur Alpha, qui devraient commencer avant la fin du siècle.
La dernière série d’incidents «constitue une expérience extraordinaire avant le lancement de la station internationale», assure même Kathleen Maliga, représentatne à Moscou de la NASA, chargée notamment de suivre la mission de son compatriote Michael Foale à bord de Mir.
Avec la navette, les Américains sont accoutumés aux missions de deux semaines, où l’imprévu n’a guère sa place et l’improvisation encore moins. «Sur la future station internationale, nous aurons des hommes à bord 365 jours par an, rappelle Mme Maliga. Il est essentiel de savoir effectuer les réparations en orbite».
D’autant que les problèmes rencontrés par Mir, spectaculaires par leur accumulation rapide, «sont en eux-mêmes assez routiniers», assure le représentant de l’agence spatiale européenne (ESA) à Moscou Alain Fournier-Sicre.
«Aucun vol dans l’espace ne s’est jamais déroulé sans incident. Il s’est toujours passé quelque chose», témoigne pour sa part le cosmonaute russe Valeri Baderdine, dans un article récent de l’hebdomadaire Itogui, où il raconte, entre autres, comment un équipage a failli rester en orbite éternellement, lors d’un retour en vaisseau Soyouz, en raison d’un dysfonctionnement des moteurs de descente.
Effets positifs
«Jusqu’à récemment, la majorité de ces histoires n’arrivait jamais à la connaissance du public. C’est en partie pour cela que les événements de ces derniers mois sur Mir ont fait tant de bruit», explique Valeri Baderdine.
«C’est surtout depuis que nous avons des Américains à bord de Mir que l’on parle tant de notre station», ajoute le porte-parole du centre de contrôle des vols spatiaux (TSOUP), Roufina Amossova.
La NASA, il est vrai, a elle-même annoncé au monde certains incidents — comme la panne de générateur lundi soir — qui seraient passés presque inaperçus si l’équipage n’avait été composé que de Russes.
Les malheurs de Mir, et notamment la collision avec un vaisseau de ravitaillement le 25 juin, sont cependant assez sérieux pour obliger les cosmonautes à amputer leur programme scientifique — raison d’être des vols habités —, pour consacrer la majeure partie de leur temps aux réparations.
Cette semaine, ils doivent notamment sécher et nettoyer deux des modules privés d’électricité depuis la collison, où la condensation a provoqué l’apparition de moisissures.
Cette série d’incidents, aux yeux de nombreux experts, prouve cependant l’utilité de la présence humaine dans l’espace, pour effectuer réparations et bricolages qu’aucun robot n’aurait été capable de mener à bien.
La démonstration est particulièrement bien venue pour la NASA, qui doit convaincre le Congrès américain de continuer à financer la station Alpha, contre l’avis de certains élus qui proposent d’économiser des dollars en supprimant les vols habités.
Les déboires de la vieille station russe, médiatisés à outrance, ont eu des effets positifs en Russie également: le président Boris Eltsine, soucieux du prestige menacé de son pays, a annoncé l’octroi de 120 millions de dollars pour Mir en 1998. (AFP).

