«Je ne l’ai jamais oubliée. J’ai toujours pensé à elle», a affirmé la vieille femme, Margalit Omassi, les larmes aux yeux, en enlaçant sa fille dont elle avait perdu la trace quelques semaines après sa naissance dans un hôpital israélien.
La voix entrecoupée de sanglots, Mme Lévine a déclaré dans des propos rapportés par la télévision israélienne: «Ceux qui ont comme moi subi un tel traumatisme vivent en état de choc toute leur vie. Je suis heureuse. C’est un immense jour de bonheur».
Séparée de ses parents dans des circonstances encore non élucidées, Mme Lévine, qui habite aujourd’hui à Sacramento, en Californie, a été élevée par une famille adoptive au kibboutz Ein Hamifratz, où la couleur de sa peau trahissait ses origines.
Elle affirmait détenir un document remis par sa mère adoptive reconnaissant qu’elle avait été kidnappée à ses parents naturels en 1949.
Mme Lévine a, ces dernières années, fait diffuser par voie de presse son portrait remontant à l’époque où elle était bébé. Des proches de Mme Omassi ont finalement été frappés de la ressemblance entre la vieille dame et la petite fille.
Arrivée en Israël il y a une dizaine de jours, Mme Lévine a attendu les résultats des tests génétiques de l’Université hébraïque de Jérusalem, qui ont confirmé ses espoirs.
Cet épilogue heureux a relancé l’affaire récurrente du «vol d’enfants» juifs d’origine yéménite à l’époque de la création de l’Etat d’Israël (1948).
La semaine dernière, quatre tombes de ces enfants ont été retrouvées vides après une exhumation réalisée secrètement, en présence de la télévision publique israélienne, par des fidèles du rabbin Uzi Meshulam, chef d’un groupe d’activistes qui se voue à cette cause.
L’exhumation a montré que les quatre tombes supposées être celles d’enfants juifs yéménites, officiellement enterrés il y a quarante ans au cimetière de Guivat Shaoul à Jérusalem, étaient en fait vides.
«Il n’y avait rien dans ces tombes. Pas de restes d’enfants. Seulement du sable, du sable et encore du sable», a déclaré à la presse la mère de l’un de ces enfants, Ruthie Rafalov.
Quatre décennies plus tôt, les autorités israéliennes lui avaient affirmé que son fils, un bébé de quelques mois, était mort de maladie et de malnutrition, et avait été inhumé.
Le directeur du centre médico-légal de Tel-Aviv, Yéhouda Heath, a de son côté estimé que «l’exhumation superficielle au cimetière Guivat Shaoul ne prouve pas que les tombes étaient effectivement vides, car les ossements de nouveau-nés sont friables et ont en outre pu être considérablement déplacés» sous terre au fil des ans.
Pour les fidèles du rabbin Uzi Meshulam, le cas de Mme Lévine et l’opération au cimetière de Guivat Shaoul confirment leurs soupçons selon lesquels quelque 5.000 enfants juifs yéménites ont disparu, la plupart pour être adoptés par des parents ashkénazes (juifs occidentaux).
Selon les conclusions d’une commission d’enquête gouvernementale publiées en 1995, sur 687 dossiers examinés concernant 3.000 adoptions enregistrées au ministère de l’Intérieur pendant les années en question, seuls quarante cas mériteraient un examen supplémentaire.
43.000 juifs avaient quitté le Yémen pour Israël entre juin 1949 et juin 1950, grâce à un pont aérien baptisé «Tapis volant» organisé dans des conditions d’urgence à partir d’Aden. (AFP)

