Montée du chômage, reprise de l’inflation et croissance au ralenti: après celui de la «paix dans la sécurité», le rêve de prospérité du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’éloigne.
Avant son élection en mai 1996, M. Netanyahu a fait miroiter une ère d’enrichissement aux Israéliens, affirmant que leur niveau de vie atteindrait celui des Européens d’ici à l’an 2000. Pour y parvenir, le premier ministre a eu recours aux recettes du libéralisme.
La semaine dernière, le Trésor a confirmé la levée progressive du contrôle des changes et les privatisations se poursuivent au pas de charge. Lundi, c’est la compagnie nationale de raffinage pétrolier qui a été cédée au secteur privé.
Mais pour la population, les dividendes de cette politique risquent de se faire attendre. Le chômage touchait au deuxième trimestre 7,6% de la population active, le taux le plus élevé depuis deux ans et demi.
Le chômage dépasse la barre des 10% dans les villes les moins développées, notamment dans le sud du pays où M. Netanyahu a obtenu ses meilleurs scores électoraux.
L’inflation redresse la tête avec un taux de 10,5% en rythme annuel, alors que le gouvernement misait sur une hausse des prix à un chiffre pour cette année. Le gouverneur de la Banque centrale Yaakov Frenkel a décidé lundi d’augmenter ses taux directeurs de 0,7% en septembre, pour les porter à 13,4%, au grand dam du patronat qui dénonce cette politique de crédits chers.
Les taux d’intérêt très élevés ont en outre provoqué une vague spéculative. Les entreprises locales et des opérateurs étrangers ont vendu en masses des devises étrangères pour acquérir des shekels placés à court terme. Résultat, les réserves en devises étrangères aatteignent un record de près de 20 milliards de dollars.
Scénario thaïlandais
Cet afflux explique en grande partie l’augmentation des investissements étrangers, qui ont atteint le montant sans précédent de 1,5 milliard de dollars au premier semestre, soit 10% de plus par rapport à l’an dernier.
«Mais les multinationales qui avaient misé sur le lancement du processus de paix préfèrent attendre avant d’investir dans l’industrie en raison du facteur risque engendré par le gel du processus de paix», souligne Me Eytan Liraz, avocat d’affaire représentant des entreprises et des banques européennes en Israël.
Ces fonds étrangers pourraient fuir à la moindre rumeur de dévaluation. Le quotidien «Yédiot Aharonot» a ainsi agité la menace d’un scénario «à la thaïlandaise», en faisant allusion à la crise monétaire qui agite plusieurs pays d’Extrême-Orient.
Une situation d’autant plus volatile que la croissance recule. Après avoir progressé de 6% par an en moyenne entre 1990 et 1996, le PNB ne devrait augmenter cette année que de 2,5%. Selon le Trésor, la croissance pourrait même être pratiquement nulle l’an prochain si le gouvernement ne parvient pas à imposer des coupes budgétaires de 700 millions de dollars.
Le régime d’austérité préparé par le Trésor devrait frapper de plein fouet les budgets sociaux et provoquer une hausse des impôts indirects, alors que M. Netanyahu avait promis une baisse du fardeau fiscal.
Le premier ministre risque en outre d’être confronté à une nouvelle crise au sein de son gouvernement avec les ministres populistes. Le ministre des Affaires étrangères David Lévy, chef du parti centriste Guesher, a prévenu qu’il n’accepterait à aucun prix que les couches les plus défavorisées soient victimes des coupes budgétaires.
Le front social lui aussi se réchauffe: la centrale syndicale Histadrout a appelé à une grève le 2 septembre dans le secteur public, de crainte que des avantages acquis ne soient remis en cause. (AFP)

