L’opposition islamiste menée par l’ancien premier ministre Necmettin Erbakan prépare activement la création d’un nouveau parti afin de parer une interdiction de leur Parti de la prospérité (Refah), attendue pour l’automne, a indiqué hier un haut responsable.
«Nous craignons que la Cour constitutionnelle ne ferme notre Prospérité», a expliqué ce responsable du Refah, sous couvert de l’anonymat.
«Afin de parer à cette éventualité, nos efforts pour créer un nouveau parti qui remplacerait Prospérité sont entrés dans leur phase finale. Il (le nouveau parti) pourrait être créé d’ici un mois», a-t-il ajouté, soulignant: «Ce sont les militaires qui veulent interdire Prospérité et nous craignons que la Cour constitutionnelle ne soit sous leur influence».
Le parquet de la Cour de cassation turque avait ouvert une procédure auprès de la Cour constitutionnelle pour l’interdiction du Refah, dès le 21 mai dernier, alors que son leader Necmettin Erbakan était encore chef du gouvernement.
L’acte d’accusation affirme que le Refah «est devenu un foyer d’activité incompatible avec l’article de la constitution sur la laïcité de l’Etat» et que le parti islamiste a «violé plusieurs articles de la loi sur les partis politiques».
La demande de dissolution du Refah se réfère à la Constitution qui stipule que «les programmes et les activités des partis politiques ne doivent pas être incompatibles avec les caractères démocratiques et laïcs de l’Etat».
Hostile à la présence des islamistes au pouvoir, l’armée, qui se considère comme le gardien de la laïcité de l’Etat, avait exercé une forte pression sur le gouvernement conduit par Necmettin Erkaban, qui a fini par démissionner le 18 juin.
Samedi dernier, le vice-premier ministre turc Issmet Sezgin a accusé l’opposition islamiste d’encourager des actes de «rébellion» contre le gouvernement suite à l’adoption d’une réforme de l’enseignement religieux nettement anti-islamiste.
Les manifestations se sont multipliées contre la nouvelle loi, élaborée par la coalition gouvernementale pro-laïque du premier ministre Mesut Yilmaz et adoptée le 16 août par le Parlement, qui prévoit la fermeture des sections secondaires des écoles d’enseignement religieux d’Etat. Ces sections — quelque 500 à travers le pays — forment les imams.
Plus d’une centaine de personnes ont été arrêtées vendredi à Istanbul et dans d’autres villes du pays lors de manifestations contre cette réforme. (AFP)

