En vacances jusqu’au 7 septembre à Martha’s Vineyard, une île au large des côtes du Massachussetts (Nord-Est), M. Clinton jouait au golf au moment où, à plusieurs centaines de kilomètres de là, le juge Susan Webber Wright a annoncé vendredi dernier à Little Rock, dans l’Arkansas — Etat dont il fut pendant près de 12 ans le gouverneur —, que le procès débuterait le 26 mai.
Comme si de rien n’était, il a ensuite passé la plus grande partie de la soirée au «Hot Tin Roof», une boîte de Tisbury (petite localité de l’île) dont l’un des co-propriétaires est la chanteuse Carly Simon et où une assistante de Mme Clinton fêtait son 30e anniversaire.
Un bras autour du cou de la chanteuse, le président était l’image même de l’insouciance. Il est ensuite allé dîner avec son épouse et des amis dans un restaurant d’Edgartown.
Fidèle à son attitude depuis le début de cette affaire, il n’a pas fait le moindre commentaire et ne comptait pas en faire, imité en cela par son entourage, qui renvoie systématiquement à l’avocat de M. Clinton, Robert Bennett, dès qu’un journaliste prononce le nom de Mme Jones.
Bien que prévisible, la décision du juge Webber Wright est toutefois un coup dur pour lui, dans la mesure où Me Bennett avait demandé au tribunal de déclarer que les faits reprochés par Mme Jones au président ne justifiaient pas la tenue d’un procès. Le juge a rejeté cet argument.
Mme Jones, 30 ans, affirme que M. Clinton, à l’époque gouverneur de l’Arkansas, l’avait fait venir dans une chambre d’hôtel de Little Rock le 8 mai 1991, avait baissé son pantaton et lui avait demandé de pratiquer un acte sexuel. Elle dit avoir refusé et être partie immédiatement. Elle réclame aujourd’hui 700.000 dollars de dommages et intérêts. M. Clinton a toujours nié les faits.
Ratisser large
Mme Webber a donné aux deux camps jusqu’au 30 janvier pour procéder aux interviews des personnes qui peuvent avoir un rapport avec cette affaire.
Et c’est là que l’affaire risque de prendre rapidement une vilaine tournure pour M. Clinton. Les avocats de Mme Jones ont, en effet, montré qu’ils avaient l’intention de «ratisser large» en recueillant les témoignages de femmes qui auraient fait l’objet des avances de M. Clinton.
Leur stratégie est, de toute évidence, de détruire la crédibilité de M. Clinton en montrant aux jurés qu’il était coutumier de ce genre de comportement et que la mésaventure de Mme Jones n’a rien d’unique.
Ils ont ainsi récemment demandé, en vain, le témoignage d’une jeune femme qui travaillait à la Maison-Blanche au début du mandat de M. Clinton, après qu’une de ses collègues eut affirmé qu’elle lui aurait confié en 1993 avoir fait l’objet d’avances de la part du président.
Ils ont aussi demandé les témoignages d’un journaliste du Washington Post, David Maraniss, auteur d’une biographie de Bill Clinton dans laquelle il fait état d’incartades sexuelles présumées de ce dernier, ainsi qu’à Betsey Wright, qui fut son assistante la plus proche lorsqu’il était gouverneur de l’Arkansas.
La question est de savoir si le juge autorisera une telle tactique ou s’il exigera que les avocats s’en tiennent à ce qui s’est passé le 8 mai 1991 à l’hôtel Excelsior de Litte Rock.
Mais même dans ce cas, la situation n’est pas reluisante pour M. Clinton, qui devra témoigner, sans doute par vidéo, sur un incident scabreux.
A moins, bien sûr, qu’un accord ne soit conclu entre les deux camps afin d’éviter le procès. Me Bennett a certes réitéré vendredi que le président «ne présentera pas d’excuses pour un incident qui n’a pas eu lieu», mais personne n’exclut un compromis de dernière minute.
Cette affaire, qui a fait de lui la risée des comiques américains, a déjà coûté à M. Clinton deux millions de dollars en frais d’avocats.
Sa seule consolation est qu’elle n’a pas porté atteinte à sa cote de popularité dans le public, qui reste au beau fixe. (AFP)

