Le refus de tout compromis affiché par la direction de Pale (près de Sarajevo), où siègent le gouvernement et le Parlement de la Republika Srpska (RS) et qui samedi a «rompu ses relations» avec Mme Plasvic, fait craindre aux responsables occidentaux en Bosnie une rupture irrémédiable entre les deux camps.
La présidente exclut toutefois un tel scénario: «Il n’y aura pas de scission de la RS, car les Etats-Unis ne le permettraient pas», a-t-elle estimé samedi soir dans une interview à une chaîne de télévision de Belgrade, Studio B.
«La division de RS en deux parties (...) reviendrait à violer l’accord de Dayton qui insiste sur la continuité territoriale des entités« formant la Bosnie-Herzégovine (RS et Fédération croato-musulmane), selon Mme Plavsic.
Mme Plavsic, qui a son siège à Banja Luka (nord-ouest), principale ville de la RS, est déterminée à combattre le «régime totalitaire» de type «stalinien» instauré par les dirigeants regroupés autour de l’homme fort Momcilo Krajisnik et de Karadzic, qui est poursuivi pour génocide et crimes contre l’humanité par la justice internationale.
Activités criminelles
Elle a accusé les deux hommes de se livrer à «des activités criminelles où sont brassées d’énormes sommes d’argent» et les a rendus responsables de la crise sans précédent qui secoue la RS.
Mme Plavsic a renforcé son autorité dans la région de Banja Luka en prenant le contrôle de la police locale, avec l’aide de la Force de stabilisation de l’OTAN (SFOR) et de la police internationale (IPTF).
Elle a nommé un ministre de l’Intérieur, Marko Pavik, à la place de Dragan, Kijac, fortement impliqué, selon elle, dans des activités criminelles.
Il en résulte une dualité du pouvoir policier, M. Kijac ayant accepté le poste et son prédécesseur étant toujours soutenu par le gouvernement de Pale, qui considère son limogeage «illégal».
L’état-major de l’armée de la RS a désavoué vendredi la présidente, son commandant en chef, menaçant d’intervenir dans la crise en soutien à ses adversaires politiques.
Mme Plavsic bénéficie néanmoins, selon des sources concordantes, de l’appui d’une bonne partie de l’armée, dont elle a convoqué pour lundi l’état-major pour une réunion qui pourrait déboucher sur des remaniements au sommet de la hiérarchie militaire, selon les analystes locaux.
Enjeu majeur
Le bras de fer entre Banja Luka et Pale a également provoqué de vifs remous au sein de la Radio-télévision officielle (SRT), le contrôle des médias étant un des enjeux majeurs de la lutte pour le pouvoir.
Les 120 employés de la SRT à Banja Luka se sont insurgés contre la «propagande la plus basse» diffusée par leur maison-mère depuis Pale et ont cessé de contribuer à ses programmes. Ils ont demandé la démission du ministre de l’Information Snezana Siljegovic et du directeur de la SRT Miroslav Toholj.
La SRT a riposté en nommant un nouveau chef des studios de Banja Luka, Miro Mladjenovic, mais celui-ci a été empêché par le service de sécurité du bâtiment, qui abrite aussi le cabinet de Mme Plavic, de prendre ses fonctions.
Banja Luka compte plusieurs journaux, stations de radio et de télévision indépendants mais leur rayon de diffusion n’excède pas une trentaine de kilomètres. Au-delà, la population est tenue dans l’ignorance de ce qui se passe à Banja Luka car la SRT, sa seule source d’information, ne répercute que le point de vue de Pale.
Le Haut représentant civil en Bosnie, Carlos Westendorp, a affirmé que seule la SFOR était capable de mettre fin à la propagande «absolument inacceptable» diffusée par les médias inféodés à Pale.
Il a dénoncé l’amalgame fait par la SRT entre la SFOR, présentée comme une «force d’occupation», et les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale, soulignant qu’il disposait du «droit de suspendre n’importe quelle émission de radio ou de télévision» nuisant au processus de paix. (AFP)


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