«La malaria est toujours un énorme problème de santé publique au niveau international. Ce ne peut pas être la responsabilité du seul secteur de la santé publique, c’est le problème de tous», a déclaré M. Uton M. Rafei, directeur pour l’Asie du sud-est à l’OMS.
Le paludisme, ou malaria, fait près de trois millions de morts par an dans le monde, un toutes les 12 secondes, surtout des enfants, principalement en Afrique, Inde, Asie du Sud et Amérique Latine. L’OMS prévoit une augmentation de 16% des cas d’ici à l’an 2000.
Cette conférence marque le centenaire de la découverte, le 20 août 1887 près de Hyderabad (sud), par le médecin britannique Ronald Ross de la transmission du paludisme par le moustique. Vingt-cinq pays, l’OMS et la Banque mondiale participent à cette réunion, qui rassemble pendant cinq jours 650 experts sous l’égide de la Malaria Foundation.
Le Dr V.P. Sharma, un Indien qui préside cette conférence, avait estimé que la malaria était «hors de contrôle dans le monde entier».
Entre 300 millions et 500 millions de personnes sont affectées par la malaria, selon des statistiques énoncées à Hyderabad. Sur ce nombre, 120 millions sont des cas nouveaux, les autres étant des rechutes. Si 90% des cas sont dénombrés en Afrique, selon M. Rafei, «plus de deux milliards de personnes, près de 40% de la population mondiale, sont en danger».
Il n’y a pas de vaccin actuellement disponible, les anti-paludéens sont devenus à peu près inefficaces, et les moustiques résistant aux insecticides.
M. Rafei, un Indonésien, a affirmé dans son discours d’ouverture qu’un partenariat gouvernement-secteur privé devait être «mobilisé si l’on veut un contrôle effectif de la malaria».
Pas de profits
Selon des estimations récentes, les gouvernements dépensent environ 80 millions de dollars par an dans la recherche contre le paludisme, le secteur privé contribuant pour un montant à peu près équivalent.
Certains participants ont estimé que l’appel de M. Rafei n’était pas réaliste. Le directeur de l’Institut national américain de l’hygiène, Louis Miller, a affirmé que les fonds pour la recherche «doivent venir des gouvernements». Ceux-ci «devront contribuer plus. Il est faux de penser que le secteur privé contribuera», a-t-il dit.
«Cela peut se comprendre, car les compagnies sont responsables devant leurs actionnaires», a-t-il ajouté.
Un expert européen a affirmé sous couvert de l’anonymat que «beaucoup de multinationales ont abandonné leurs recherches et leurs plans de développement». «L’industrie de la (lutte contre la) malaria n’est pas comme celle de l’espace, elle ne fait pas d’énormes profits du jour au lendemain».
Il a estimé que les scientifiques devaient également faire plus d’efforts de conviction. «Nous devrions chercher un porte-parole, et nous n’en avons pas. Les scientifiques ne peuvent rester confinés dans leurs laboratoires. Ils doivent se faire entendre des hommes politiques».
L’appel de M. Rafei a cependant obtenu l’approbation du ministre d’Etat indien pour la Santé, Mme Renuka Chowdhury, selon qui «les gouvernements ne peuvent pas être seuls responsables du combat contre la malaria (...). Le secteur privé a aussi un rôle à jouer».
L’Inde est symbolique de la résurgence du paludisme. De 100.000 cas en 1964, le nombre est passé l’an dernier à 2,7 millions. L’OMS estime cependant que le chiffre serait plus proche de 19,5 millions. (AFP)

