«Je vais être le premier auteur de l’histoire russe à publier des mémoires sur le numéro un du pays alors que celui-ci est encore au pouvoir», a déclaré avec fierté M. Korjakov lors d’une conférence de presse à Moscou.
Alexandre Korjakov, ancien chef de la garde présidentielle, surnommé «Raspoutine» en raison de son influence considérable au Kremlin, a été brutalement limogé entre les deux tours de l’élection présidentielle en 1996, après avoir été le «meilleur ami» de Boris Eltsine pendant onze ans.
Cet ancien général du KGB a nié que son livre soit motivé par un souci de vengeance, citant plutôt l’appât du gain. «Le peuple doit savoir qui sont ses «héros». Et puis la question de la rémunération n’était pas négligeable», a indiqué l’ancienne éminence grise du Kremlin devant les journalistes.
M. Korjakov a également indiqué avoir signé «un très très bon contrat» avec l’hebdomadaire anglais «Sunday Times», qui a publié à l’avance les bonnes pages de ses mémoires.
Les dizaines de journalistes qui se pressaient pour écouter M. Korjakov — aujourd’hui député — n’ont cependant pas pu acquérir le livre, qui ne sera mis en vente qu’aujourd’hui mercredi.
Mais l’ancien garde du corps a confirmé l’authenticité des extraits déjà publiés par le «Sunday Times», ainsi que dans la presse russe.
Blagues désastreuses
Lors d’un repas offert par le président américain Bill Clinton en septembre 1994 à Washington, M. Eltsine boit plusieurs verres de vin et multiplie «des blagues désastreuses», obligeant le traducteur à des contorsions sémantiques pour en diminuer la portée, rapporte notamment M. Korjakov.
Le lendemain, en route vers la Russie, M. Eltsine «oublie» de rencontrer le premier ministre irlandais lors d’une escale à l’aéroport de Shannon. L’incident diplomatique, dont la cause est toujours restée obscure, est dû à une «mi-crise cadiaque» qui a frappé le président russe en vol, assure son ancien confident.
De même, Korjakov assure avoir fait disparaître les bouteilles de vodka de la cuisine du Kremlin trois mois avant la campagne présidentielle de l’an dernier. «Eltsine le savait et chaque fois qu’il voulait boire, il donnait une réception officielle», affirme le mensuel «Soverchenno Secretno» (Top Secret) citant le livre de l’ex-garde du corps.
Depuis son opération du cœur subie en novembre dernier, M. Eltsine, à qui les médecins ont recommandé la sobriété, paraît en bien meilleure forme que pendant la période mentionnée par M. Korjakov, et aucun écart de conduite n’a été relevé de sa part.
Alexandre Korjakov a affirmé que plusieurs éditeurs avaient refusé de publier ses mémoires en craignant pour leur vie. Il ajoute s’être vu proposer cinq millions de dollars par l’homme d’affaires Boris Berezovski, proche du Kremlin, en échange de la non-parution de son livre.
«Les gens qui entourent Eltsine ne voient que son masque. Seule sa famille, la mienne ou encore quelque amis très peu nombreux l’ont vraiment connu», a estimé M. Korjakov, tout en soulignant que son livre n’était pas uniquement consacré à l’abus d’alcool ou aux maladies du président russe.
«Le livre parle évidemment d’autres choses. Et il mérite même d’être complété», estime-t-il en promettant une version plus élargie avec des révélations sur le financement de la campagne électorale d’Eltsine en 1996 ou sur le mode de vie «du clan de Sverdlovsk», fief du président. (AFP)

