La flottation de la monnaie, — «une dévaluation de fait mais qui n’est peut-être pas forcément une mauvaise chose», selon le premier commentaire d’un banquier européen —, constitue cependant un revers psychologique et politique pour un régime qui répond à toutes les critiques en mettant en avant ses succès et sa maîtrise économiques.
Et il intervient alors que l’Indonésie se prépare à célébrer dimanche le 52e anniversaire de son indépendance et que le président Suharto, 76 ans, au pouvoir depuis plus de 30 ans doit prononcer, samedi, son discours annuel sur l’état de la nation.
La décision d’abolir le taux d’intervention fixant la valeur minimum de la roupie à 2,700 pour un dollar a été annoncée jeudi par le gouverneur de la Banque indonésienne, M. Sudrajad Jiwandono, lors d’une cérémonie marquant le 20e anniversaire de la Bourse de Jakarta.
Il a justifié cette mesure, largement inattendue, en faisant valoir le contexte régional où «la roupie était devenue la seule monnaie pouvant être attaquée».
Elle était sans doute devenue inévitable jeudi matin lorsque la roupie, qui avait atteint déjà mercredi un record historique à la baisse de 2,682 a crevé son plancher tombant à 2,750.
La décision connue, la roupie est immédiatement tombée à 2,800.
Pour sa part, la Bourse de Jakarta perdait, à la clôture de sa session matinale, 1.7 pour cent continuant un mouvement de chute qui lui avait déjà fait perdre 9 pour cent en 6 séances.
Dès le début de la matinée, un opérateur financier indonésien avait fait remarquer que «même à l’intérieur d’une bande, la roupie reste relativement attractive pour les spéculateurs».
«Ils ne vont pas cesser de venir et revenir et les réserves en devises de la Banque Centrale ne cesseront de se réduire», avait-il ajouté.
La Banque Centrale, dont les réserves dépassaient, courant juin, les 21 milliards de dollars a utilisé, officiellement, au moins 1 milliard ces dernières semaines pour maintenir la roupie.
«Elle en a fait probablement utilisé au moins le double, commentait pour sa part un expert financier international, et même 20 ou 25 milliards de dollars, ce n’est pas beaucoup pour faire face à une attaque en règle».
La tempête sur les monnaies de l’Asie du sud-est s’est déclenchée début juillet à la suite de l’effondrement du baht thaïlandais payant le prix de la spéculation financière et immobilière dans le pays.
Toutes les monnaies de la région, le ringgit malaisien, le peso philippin et même le dollar singapourien, ont été ensuite touchées par les mouvements de capitaux entraînés par les fonds d’investissements à risques.
Pour M. Mohammad Mahatir, le premier ministre malaisien, qui a nommément mis en cause le financier américain Georges Sorros, «les spéculateurs internationaux ruinent en quelques heures les efforts consentis pendant des années par des nations en voie de développement à seule fin de s’enrichir».
Mais cette thèse est rejettée, notamment par les Etats-Unis, qui font remarquer que, si la spéculation peut amplifier des mouvements monétaires, les fluctuations se basent avant tout sur des erreurs ou des contradictions dans les politiques économiques. (AFP)


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