La reine Sophie d’Espagne a inauguré ce «Musée Barbier-Mueller d’art précolombien», installé dans le Palais Nadal et qui abrite quelque 200 objets d’art, notamment des céramiques, dont environ 80 sont exposées et alterneront avec les pièces en réserve.
Il s’agit d’une des collections privées les plus rares au monde, estimée à deux milliards de pesetas (14 millions de dollars US), que le collectionneur Jean-Paul Barbier désire voir conserver dans son ensemble, si Barcelone décide de l’acquérir en 2001.
La collection, initiée par Joseph Mueller, beau-père de Jean-Paul Barbier, et considérablement enrichie sous l’impulsion de celui-ci, est axée autour de trois régions: la Méso-Amérique, le Pérou et l’embouchure de l’Amazone.
Les ensembles vont des plus anciennes cultures, comme les Olmèques, de la période «préclassique» ou «formative» (1300 av. J.C. à 200 ap. J.C.), en passant par les plus brillantes (comme les Mayas, les Téotihuacan ou les Tihuanaco (200 à 900 ap. J.C.) jusqu’aux Aztèques et Incas de la «période postclassique» (100 à 1500 ap. J.C.).
L’Art de l’Amazonie, provenant de l’île de Marajo et qui se distingue notamment par d’énormes vases de céramique polychrome servant aux rites funéraires, d’autant plus spectaculaires que l’Amérique précolombienne ne connut jamais le tour de potier, atteint son apogée vers l’an mille ap. J.C.
Les trois premières salles du nouveau musée sont consacrées aux œuvres du Mexique précolombien et de l’Amérique centrale. De la pénombre émergent les statues en terre cuite, comme le Vieux Dieu du Feu Huehueteotl (Véracruz), une fabuleuse urne anthropomorphe de Monte Alban, des tissus, des sculptures en pierre.
Fureur divine
Présentés dans des niches évoquant les profondeurs des temples comme à Palenque, au Mexique, voici également le masque funéraire maya sculpté à l’image d’un dieu dans une seule pièce de fuchsite, avec des incrustations de coquillages (région centrale) ou le bol dont le décor montre deux personnages, homme et femme se faisant face.
Une autre salle met davantage l’accent sur l’art d’Amérique centrale, notamment du Costa Rica précolombien, puis, l’on passe à l’art Inca, à ses cultures nazca ou mochica ou Tiahuanaco nées sur les rives du lac Titicaca, la dernière salle étant consacrée à l’Amazonie.
Pour Jean-Paul Barbier, «si certaines pièces sont plus rares que d’autres, toutes sont d’une exceptionnelle qualité esthétique. Il ne faut en effet pas imaginer que tout l’art précolombien se vaut. Il y a eu quelques immenses céramistes à l’époque précolombienne, mais il n’y a pas eu que des Mozart de la céramique. Les artistes représentés ici avaient un don qui les plaçaient au-dessus de leurs contemporains».
«Car le talent, ajoute-t-il, en paraphrassant Platon, c’est une fureur divine qui descend dans l’individu».
La collection valait bien un palais et le Palau Nadal (XVe-XVIe siècle), situé en face du musée Picasso, a été réhabilité pour une somme atteignant 150 millions de pesetas. Une association des Amis du Musée Barbier-Mueller d’Art précolombien doit être incessamment créée pour mobiliser les milieux culturels et faire en sorte que la collection reste à Barcelone de façon permanente. Une fondation sera ensuite établie.
L’Institut de Culture de Barcelone et Jean-Paul Barbier, dont le musée de Genève fête les vingt ans aujourd’hui, misent sur une fréquentation de 120.000 visiteurs par an au Palau Nadal. M. Barbier percevrait environ 25% des recettes sur les entrées, en attendant l’horizon 2001 et la possible installation définitive de la collection à Barcelone. (AFP)


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