Nul ne peut se promener dans les jardins des Tuileries, espace bucolique entre les hauts lieux touristiques que sont le Louvre et la Concorde, sans compatir à la vue de touristes contorsionnés tentant de débarrasser leurs chaussures de la malodorante substance.
Le cinéaste américain Robert Altman a éternisé le phénomène dans son film sur le monde de la haute couture, «Prêt-à-porter», où d’infortunés élégants glissent tour à tour sur des déjections canines.
L’amour des Parisiens pour les chiens est sans doute un facteur clef de l’indécrottable saleté des rues de Paris. Les 2,2 millions d’habitants du centre de la capitale française partagent leur espace vital avec 500.000 chiens.
Moto-crottes et autres gadgets
Les inconvénients de cette surpopulation canine seraient sans doute plus supportables si les propriétaires de chiens ne rechignaient pas, presque systématiquement, à se saisir eux-mêmes du problème.
On laisse les autorités le résoudre. La municipalité fait de son mieux, dépensant chaque année 42 millions de francs (6,8 millions de dollars) pour nettoyer les rues. Mais cela ne suffit pas, puisqu’une récente étude a montré qu’un tas de crottes sur sept seulement est ramassé.
Une équipe de chercheurs a établi que les chiens laissaient derrière eux, jour après jour, quelque 16 tonnes de détritus dans les rues de Paris, soit 5.840 tonnes par an.
Et un étrange phénomène a été constaté : les Parisiens eux-mêmes font rarement le pas erroné, doués apparemment d’une capacité subconsciente de repérer les crottes sur le pavé et de les éviter, aussi pressés soient-ils.
Tandis que le touriste occasionnel non averti, qui court pour ne rien perdre des principales curiosités de la ville, pris au dépourvu, met souvent le pied dans le tas redoutable qu’il n’avait pas remarqué.
La mairie de Paris est consciente que le phénomène pose un problème d’image. Dans les sites clefs comme les Champs Elysées, des patrouilles à scooter sont déployées 24 heures sur 24 pour garder propre «la plus belle avenue du monde».
Des «moto-crottes», véhicules spéciaux de couleur verte, font aussi régulièrement le tour des autres sites touristiques. A Paris, il y en a 72, capables de ramasser 1.000 crottes chacun.
Certains soulèvent la question du coût de telles opérations. Un kilo ramassé par les moto-crottes — surnommées chiraclettes, du nom de l’ancien maire de Paris Jacques Chirac, élu président de la république en 1995 — revient à environ 1,5 dollar.
Des solutions meilleur marché ont été étudiées et certaines mises en pratique. Notamment une sorte de lange à chien, un balai-pelle pour les propriétaires et des signes omniprésents sur les trottoirs, où le dessin d’un chien accompagné d’une flèche indique le caniveau où le paquet doit être déposé. Un nombre infime de chiens les utilisent.
Un dessinateur inventif a même trouvé un système longeant les rues, dans lequel le chien va faire son besoin sur un coussinet spécial, que le maître peut faire disparaître dans le sol en poussant un bouton spécial pour le remplacer par un autre.
La dernière trouvaille doit être lancée en automne : des toilettes communales pour chiens. Les autorités parisiennes doivent remplacer une trentaine d’emplacements de stationnement par des WC canins clôturés.
Des signaux mèneront les maîtres vers ces lieux, où leurs chiens pourront se soulager dans un espace concentré pouvant être régulièrement nettoyé. Mais les premiers tests du système ne sont guère encourageants : les chiens comme leurs maîtres préfèrent faire leurs besoins en toute indépendance. (AFP)

