Si le programme n’est pas adopté, M. Ouyahia devra rendre la démission de son cabinet, comme stipulé par la Constitution. Mais l’hypothèse paraît totalement écartée du fait que le gouvernement est formé par la majorité conservatrice et islamiste.
Le parti présidentiel, le Rassemblement National Démocratique (RND), l’ex-Hamas (islamiste) et le Front de Libération Nationale (FLN) ont obtenu 288 sièges sur 380 aux législatives du 5 juin.
Le programme, publié jeudi par le quotidien gouvernemental El-Moudjahid, veut d’abord rattraper les retards jugés «substantiels» accumulés dans le secteur financier.
Avant la fin de l’année en cours, les premières transactions boursières seront ainsi lancées, suivies de la création de nouvelles activités comme le leasing et le capital-risque.
En outre, la Banque de Développement Local (BDL), une des cinq grandes banques du pays, sera privatisée et de nouvelles banques privées nationales, étrangères ou à capitaux mixtes, seront mises en place.
Le gouvernement compte aussi stimuler les privatisations qui, selon lui, n’ont pas atteint leur rythme de croisière. Dressant le bilan de ce processus engagé en 1995, il note que 63 opérations ont été concrétisées dont 52 au niveau local.
Il entend recourir à la privatisation de masse en cédant des actions à titre gracieux aux anciens Moudjahidine (vétérans de la guerre d’indépendance), aux familles victimes du terrorisme, à certaines catégories de demandeurs d’emploi et aux travailleurs licenciés pour raisons économiques.
Fait nouveau, le champ de la privatisation s’étendra à la production d’électricité, à l’exploitation de certains services dans les Postes et télécommunications et aux mines.
M. Ouyahia compte aussi poursuivre sa politique de rigueur monétaire, grâce à une meilleure maîtrise des dépenses publiques. Sur les 1.000 milliards de dinars (100 milliards de FF environ) du budget de l’Etat, 80% sont des dépenses de fonctionnement.
Depuis qu’elle s’est soumise à la thérapie de choc du Fonds monétaire international (FMI) en 1994, alors qu’elle était en quasi-cessation de paiement, l’Algérie a réussi à rétablir ses équilibres macro-économiques et à renouer avec la croissance (4% en 1996).
Le solde budgétaire dont le déficit était de 10 milliards de FF en 1993 est désormais excédentaire. L’inflation, qui atteignait 30%, n’est plus qu’à un seul chiffre. Les réserves de change sont passées de 1,5 milliard de dollars à 6,4 milliards de dollars. Enfin, la monnaie nationale s’est stabilisée après une forte dévaluation en 1994.
Ces résultats permettent au gouvernement d’exclure le recours à un troisième rééchelonnement de la dette extérieure (actuellement de 33 milliards de dollars) et un nouvel accord avec le FMI.
Cependant le gouvernement reconnaît que ces résultats sont fragiles. Ils découlent pour une large part de facteurs exogènes, comme le relèvement des prix du pétrole, principale source de revenus du pays et de bonnes conditions climatiques en 1996.
En outre, ils se sont traduits par un coût social élevé. Des dizaines d’usines ont fermé leurs portes et quelque 170.000 salariés, selon la presse, ont perdu leur emploi. Le taux de chômage est de 28%, soit 2,2 millions de personnes et une nouvelle demande annuelle de 260.000 postes.
Par ailleurs, l’Algérie recommencera à rembourser sa dette extérieure (33 milliards de dollars) en mars lors de la fin du contrat qui la lie au FMI, après le répit obtenu grâce aux deux rééchelonnements de 1994 et 1995 qui lui ont valu un différé de remboursement d’environ 16 milliards de dollars. (AFP)

