Alors que la «Che-mania» bat son plein, 30 ans après la mort du «Guerillero héroïque» en Bolivie et le retour solennel de ses restes il y a quelques semaines sur le sol cubain, le photographe cubain n’a jamais été autant sollicité.
«Tous les jours, des équipes de télévision du monde entier, allemandes, japonaises, demandent à me voir, veulent me filmer dans mon studio. A tous, je dis la même chose: c’est 300 dollars par interview».
Frisant les 70 ans, petit et sec, la barbe et les cheveux poivre et sel et portant autour du coup un médaillon avec une petite photo du Che, Korda connaît aujourd’hui, dans une économie cubaine devenue attentive aux sirènes de l’économie de marché, sa valeur en dollars sonnants et trébuchants.
«Je fais payer 300 dollars pour une reproduction signée d’une de mes photos, précise-t-il, et pour mes expositions à l’étranger, c’est 1.000 dollars, plus tous mes frais payés et le droit de vendre mes photos».
Plusieurs biographies sur la vie et la mort de Che Guevara ont été publiées cette année aux Etats-Unis, en France et au Mexique. A Cuba, les autorités cubaines ont proclamé 1997 «l’année du 30e anniversaire de la mort au combat du guerillero héroïque», qui doit culminer avec une célébration nationale lors de l’inauguration du monument où il reposera à Santa-Clara.
Le photographe cubain, oublieux dans l’enthousiasme révolutionnaire des années 60 de la notion du copyright international, vue avec mépris dans la nouvelle Cuba socialiste, n’est pas l’homme d’une seule photo.
Photographe de mode de renom dans les années 50 reconverti dans la Révolution, après que les «barbus» de la Sierra Maestra conduits par Fidel Castro renversent la dictature de Fulgencio Batista en 1959, Alberto Diaz Korda entre comme photoreporter à la revue «Revolucion».
Là, il photographie manifestations, récoltes de canne à sucre, et scènes d’usine de même que les leaders de la révolution cubaine dont le guerillero argentin Ernesto Che Guevara, devenu la figure emblématique de la révolution cubaine, bien plus visible et omniprésente que celle de Fidel Castro.
La plus grande partie de l’iconographie du Che repose sur un simple cliché pris presque par hasard par Alberto Korda, une froide journée de mars 1960 lors de l’enterrement des victimes du sabotage d’un bateau, «La Coubre», dans le port de La Havane.
Mille fois, Korda a raconté l’histoire de la célèbre photo: «J’étais à une dizaine de mètres de la tribune où parlait Fidel et j’ai vu le Che s’approcher de la balustrade pour voir la marée humaine. Il a surgi dans mon viseur et j’ai été impressionné par son expression. Le tout à duré 30 secondes», raconte-t-il.
«Revolucion» ne publie pourtant pas ce cliché du Che, qu’il offre quelques années plus tard à un éditeur italien de passage. Celui-ci en tire au moment de la mort de Che Guevara, exécuté par l’armée bolivienne en octobre 1967, des millions de posters, où le nom du photographe n’est même pas cité.
Cette photo quasi mystique du Che ornant les murs de générations d’étudiants à travers le monde dans les années 70, a refait dernièrement surface sur les objets les plus divers, tee-shirts, porte-clés, skis ou marques de bière.
Non sans une certaine amertume, Alberto Korda indique qu’il n’a pas touché un centime des millions de reproduction de sa photo, malgré quelques procès ça et là. Il a dans ses cartons des centaines de photos du Che, dont il a selectionné une quarantaine pour les exposer prochainement en Europe et en Amérique Latine.
Malgré tout, Korda ne se sent pas dépossédé de l’image du Che. «Elle restera en moi jusqu’à ma mort», dit-il. (AFP)


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