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Actualités - Chronologie

L'hôtel Adlon renaît de ses cendres

Albert Einstein y avait ses habitudes, la haute société européenne prenait le thé dans ses salons luxueux, Thomas Mann et Greta Garbo auraient pu s’y croiser: l’hôtel Adlon, palace berlinois du début du siècle tombé en déshérence, rouvre ses portes. Et ses fantômes ressurgissent à l’ombre de la porte de Brandebourg.
Les cérémonies d’inauguration seront présidées le 23 août prochain par Roman Herzog, le chef de l’Etat allemand. Sa réouverture, cinquante-deux ans après l’incendie qui le ravagea, s’ajoutera aux nombreux symboles de la réunification des deux Allemagnes.
C’est en 1907 que le palace, conçu par Lorenz Adlon, ouvre ses portes à son premier hôte... le Kaiser Guillaume II. Eau courante, chaude et froide, dans toutes les chambres, groupe électrogène pour pallier les coupures de courant, l’hôtel se veut à la pointe du progrès.
L’empereur y descend fréquemment. Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks, Greta Garbo ou encore Thomas Mann, Theodore Roosevelt et T.E. Lawrence (d’Arabie) vont suivre.

La voix de
Caruso

Curieusement, le palace traverse la Deuxième Guerre mondiale sans dommage. Epargné par les bombardements alliés sur la capitale du IIIe Reich, il devient même le refuge des diplomates, des correspondants de guerre et de certains dignitaires du régime nazi.
Ce n’est qu’après l’armistice que son histoire bascule, en même temps que les Länder de l’est de l’Allemagne. Bâti à l’extrémité de l’avenue Under den Linden, entre la porte de Brandenbourg et la Pariser Platz, l’hôtel Adlon se trouve en zone soviétique, bientôt République démocratique allemande.
Quelques semaines seulement après la fin de la guerre, des soldats de l’Armée rouge pillent ses fabuleuses caves à vin et le feu ravage l’hôtel. Le palace tombe alors dans l’oubli, ruine échouée sur un no man’s land de la Guerre froide.
«Personne ne sait s’ils l’ont volontairement incendié, mais il s’est embrasé», rappelle Sabine Kaljmann, chargée des relations extérieures du nouvel hôtel Adlon.
Quelle que soit la vérité, le mystère de l’incendie est conforme aux légendes qui courent les couloirs du palace, aux fantômes qui hantent ses chambres, quatre-vingts ans après sa construction. Joseph Goebbels, sinistre ministre de la Propagande de Hitler, y aurait entretenu dans des chambres adjacentes deux de ses maîtresses. Le ténor Enrico Caruso y aurait retrouvé la voix en dégustant les «pasta» du chef. Louis Adlon, le fils de Lorenz, y aurait présenté au réalisateur Joseph von Sternberg une jeune inconnue, Marlene Dietrich.

Berlin 1999

De ces légendes, de leur réalité ou de leur fiction, les propriétaires de l’hôtel Adlon II n’ont que faire. La compagnie Fundus, basée à Cologne, et le groupe hôtelier Kempinki Hotels n’ont pas investi 435 millions de marks en deux ans et demi pour ressusciter l’Europe de l’entre-deux guerres.
L’architecture extérieure du nouvel établissement est certes identique à l’original, jusqu’au toit de cuivre dont les plaques ont été artificiellement vieillies pour donner à l’ensemble l’illusion du passé.
Mais, une fois la porte poussée, les Roosevelt et Garbo de cette fin de siècle pénètreront dans leur monde: téléphones cellulaires individuels offerts par la réception le temps du séjour, écrans multimédias, salle de réception équipée d’un système de transmission vidéo, carte d’accès électronique aux 337 chambres du palace.
La direction de l’Adlon mise sur le déménagement à Berlin du siège de l’Etat allemand, qui quittera Bonn en 1999, pour rentabiliser les investissements. Les futures ambassades des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et de France, en construction sur la Pariser Platz voisine, devraient également offrir au palace une clientèle prestigieuse. La seule en mesure de séjourner dans des chambres à 420 deutsche marks (238 dollars) ou des suites à 1.500 DM la nuit. (Reuter)
Albert Einstein y avait ses habitudes, la haute société européenne prenait le thé dans ses salons luxueux, Thomas Mann et Greta Garbo auraient pu s’y croiser: l’hôtel Adlon, palace berlinois du début du siècle tombé en déshérence, rouvre ses portes. Et ses fantômes ressurgissent à l’ombre de la porte de Brandebourg.Les cérémonies d’inauguration seront présidées le 23 août prochain par Roman Herzog, le chef de l’Etat allemand. Sa réouverture, cinquante-deux ans après l’incendie qui le ravagea, s’ajoutera aux nombreux symboles de la réunification des deux Allemagnes.C’est en 1907 que le palace, conçu par Lorenz Adlon, ouvre ses portes à son premier hôte... le Kaiser Guillaume II. Eau courante, chaude et froide, dans toutes les chambres, groupe électrogène pour pallier les coupures de courant,...