Situé à plus d’une centaine de miles nautiques au nord de Tunis (Tunisie), ce cimetière enfoui à plus de 800 mètres de profondeur comprend une série de huit épaves, dont celles de cinq navires de commerces romains, et des milliers d’objets transportés par ces navires sur une ancienne route commerciale reliant Rome à Carthage.
Selon les membres de cette expédition, menée en mai et juin, cette découverte est la première de bateaux aussi anciens réalisée à une profondeur supérieure à 70 mètres.
«Cette route a été vraisemblablement empruntée par des marins qui ont pris le risque, qui ont fait le pari de prendre la route directe plutôt que de naviguer le long des côtes», a indiqué Robert Ballard au cours d’une conférence de presse organisée par la Société géographiqueaméricaine(NGS).
Selon M. Ballar, ces bateaux ont vraisemblablement été coulés par des tempêtes et se sont déposés au fond de la Méditerranée presque intacts.
Le plus âgé de ces bateaux, baptisé «Skerky Delta», naviguait entre la fin du IIe siècle ou le tout début du premier siècle avant notre ère et serait l’un des rares et des plus anciens bâtiments de l’ère romaine découverts à ce jour.
«C’est un grand navire de commerce doté de trois voiles et long de plus de 30 mètres», a commenté l’archéologue Anna McCann, de l’université de Boston (Massachusetts). «Ce type de bâtiment transportait plusieurs milliers d’amphores et plus d’une centaine de passagers sur son pont», a-t-elle ajouté.
Selon les estimations des membres de l’expédition, l’un des autres navires romains daterait de l’époque de la naissance de Jésus-Christ ou juste un peu avant, les trois autres remontant à des périodes situées entre le premier et le quatrième siècle de notre ère.
Vaisselle en
bronze
De ces navires en excellent état, plus d’une centaine d’objets ont été remontés à la surface, comme des amphores utilisées pour le transport du vin, de l’huile ou des fruits, des ancres ou de la vaisselle en bronze, a indiqué Mme McCann. Sur le pont de l’un des bateaux étaient même soigneusement rangés des blocs de granite ou de marbre utilisés pour la construction.
«Enumérer cette cargaison d’ustensiles de cuisine superbement conservée à bord de cette épave, c’est un peu comme de faire ses courses dans un bazar romain», s’est exclamé l’un des membres de l’expédition, John Oleson.
Outre les épaves de l’époque romaine, les océanographes et archéologues ont découvert un navire islamique de la fin du XVIIIe sicèle et deux bâtiments coulés au cours du siècle dernier.
L’ensemble de ces épaves a été repéré grâce à un petit sous-marin à propulsion nucléaire de l’US Navy, le NR-1, équipé d’instruments de détection ultra-perfectionnés, et une partie de leurs cargaisons remontée par un engin télécommandé nommé «Jason».
Selon M. Ballard, ces nouvelles technologies «révolutionnaires» vont désormais permettre d’explorer les fonds marins à une profondeur de 7.000 mètres, alors que la plupart des travaux d’archéologie marine étaient jusque-là limités à des profondeurs de moins de 100 mètres.
«Dans ces sites en eaux profondes, la pression de l’eau permet une conservation quasi-parfaite des objets, a-t-il dit. Je suis convaincu que dans ces profondeurs gisent d’importantes parcelles de l’histoire humaine, probablement même plus que dans la totalité des musées du monde entier».
Responsable de l’Institut pour l’exploration de Mystic (Connecticut), Robert Ballard est notamment crédité de la découverte des épaves du «Titanic» et du cuirassé allemand «Bismarck» (AFP)

