Actuellement, en vacances dans un petit paradis pour millionnaires, l’île de Martha’s Vineyard (nord-est), M. Clinton, entre une partie de golf et un dîner en ville, s’est soigneusement abstenu de faire le moindre commentaire sur ces rebondissements.
Son entourage, dont la tâche principale est de tenir la presse à l’écart du président lorsqu’il s’aventure hors de sa résidence, s’est borné à dire que M. Clinton n’avait pas eu de contact avec Mike Espy, son ancien secrétaire à l’Agriculture, depuis l’inculpation de celui-ci, mercredi, et que les activités de M. Gore étaient «légales et appropriées».
M. Espy, qui avait dû démissionner de son poste à la fin de 1994, a été inculpé par une chambre de mise en accusation pour avoir reçu des faveurs et cadeaux divers d’un montant de 35.000 dollars, allant de billets pour des rencontres de basket ou de football à des voyages à bord d’avions privés.
Les nouvelles révélations concernant M. Gore sont de nature différente, puisqu’elles relèvent du financement douteux de la denrière campagne électorale du parti démocrate, et notamment de celle de M. Clinton, qui fait l’objet de trois enquêtes par le département de la Justice, une commission sénatoriale et une commission de la Chambre.
Un record
Selon des documents transmis à la commission sénatoriale par les services du vice-président et dont le contenu a été publié par la presse américaine, M. Gore a effectué un total de 86 appels téléphoniques en 1995 et 1996 depuis la Maison-Blanche pour collecter des fonds afin de financer la campagne de M. Clinton.
Il avait certes reconnu en mars avoir donné des coups de téléphone de ce genre, mais en avait seulement admis 48, soit environ la moitié du total.
La loi interdit toute activité de collecte de fonds dans un bâtiment fédéral, mais la Maison-Blanche avait affirmé en mars que cette disposition ne s’appliquait pas au président et au vice-président.
Le prolème pour M. Gore est que son chef de cabinet de l’époque, Jack Quinn, a lui aussi effectué 32 appels, ce qui semble, a priori, en contradiction avec la loi.
Ces révélations ont fourni de nouvelles munitions à l’opposition républicaine, qui a immédiatement demandé à l’Attorney General, Janet Reno, de nommer un procureur indépendant pour faire toute la lumière sur cette affaire de financement. Mme Reno a rejeté jusqu’à présent toutes les demandes en ce sens.
Quatre procureurs indépendants ont déjà été nommés depuis le début de la présidence de M. Clinton pour enquêter sur diverses illégalités présumées allant des agissements de M. Espy à l’affaire Whitewater, un imbrogio politico-financier dans lequel M. et Mme Clinton sont personnellement impliqués.
Il s’agit d’un record pour un président depuis la création de la position de procureur indépendant dans les années 70 à la suite du scandale du Waterdate.
Aucune de ces quatre enquêtes n’a mis en exergue le moindre délit de la part de M. Clinton ou de son épouse. L’impression générale est toutefois du plus mauvais effet, surtout lorsqu’on se souvient de l’engagement solennel de M. Clinton en décembre 1992, avant son arrivée au pouvoir, d’avoir «le gouvernement le plus honnête» de l’histoire des Etats-Unis.
La Maison-Blanche ne semble toutefois pas excessivemenet inquiète, tous les sondages montrant que les Américains, surtout intéressés par la bonne santé de l’économie et à la recherche des moyens de s’enrichir, ne prêtent pas attention à ces histoires. D’autant que les Républicains n’ont guère de leçons à donner dans ce domaine.
Muet sur ce sujet, le porte-parole de M. Clinton à Martha’s Vineyard, Joe Lockhart, s’est ainsi longuement félicité jeudi du taux de croissance de 3,6% de l’économie américaine pour le deuxième trimestre de l’année, au lieu des 2,2% estimés précédemment.
Il s’agit là de «très bonnes nouvelles», a-t-il dit. Les seules qui intéressent le public. (AFP)


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