L’avalanche de critiques sur la gestion de l’assistance à Montserrat, quasi dévastée et vidée de plus des deux tiers de ses 11.000 habitants après deux ans d’activité de la Soufrière, a servi de catalyseur.
Elle a conduit le secrétaire au Foreign Office Robin Cook à prendre sous sa responsabilité le dossier jusqu’ici abandonné au ministre au Développement international (coopération) Clare Short, et à ordonner à ses services de reformuler sous six mois la politique du centre. A temps pour l’assemblée des territoires dépendants, prévue en février.
La révision s’inscrit dans le cadre d’une réflexion plus large. Suscitée par les devoirs de l’ex-métropole — en matière de droits de l’homme notamment — envers les 6,5 millions de sujets chinois de la couronne revenus dans le giron de Pékin lors de la rétrocession de Hong Kong en juin, elle a été alimentée en août par le bilan contrasté de «l’œuvre de colonisation» à l’heure du 50e anniversaire de l’indépendance de l’Inde, ancien «joyau de la couronne».
L’enjeu est moins dérisoire qu’il n’y paraît à l’observation des 13 confettis de couleur rose éparpillés sur la carte de l’ex-empire ayant régné à son apogée, sous Victoria, sur le tiers de l’humanité. Anguilla, Bermudes, territoire britannique en Antarctique; territoire britannique dans l’océan Indien, îles Vierges, îles Caïman, Falklands, Gibraltar, Montserrat, îles Pitcairn, Ducie, Henderson et Oeno, Ste Hélène et ses dépendances, îles Sandwich du Sud et les îles Turk et Caicos, rassemblent tout au plus 180.000 personnes.
Les dépendances n’en restent pas moins au cœur de la diplomatie britannique. Londres a fait la guerre à l’Argentine en 1982 pour reconquérir l’archipel des Falklands (Malouines) en Atlantique sud, et continue d’exclure tout partage de souveraineté sur Gibraltar cédé par l’Espagne à l’Angleterre au terme du traité d’Utrecht de 1713.
«British-No»
De toute évidence, le réexamen confié au Foreing Office vise dans l’immédiat à désamorcer les critiques sur le peu d’empressement et de générosité manifesté par Londres envers les habitants de Montserrat. Au-delà, l’ambition affichée par M. Cook est de «donner confiance aux dépendances dans le fait que nous sommes engagés envers elles», «de faire en sorte qu’il n’y ait pas de soupçon de négligence». «Nous reconnaissons que la population des dépendances est sous responsabilité britannique», a-t-il dit.
Ses propos font écho aux rappels à l’ordre de la presse conservatrice. Le Times soulignait mercredi encore «le devoir inaliénable de Londres envers ses territoires dépendants».
Les travaillistes ont cependant beau jeu de faire valoir que les consevarteurs ont présidé à l’adoption en 1981 d’une loi sur la nationalité décriée par la majorité des 180.000 sujets «dépendants». Votée pour empêcher l’afflux de Hongkongais en métropole, elle les a privés de leur pleine nationalité remplacée par un statut de «citoyens britanniques d’outre-mer» ou BNO, rebaptisé par dérision «British-No» par nombre d’entre-eux.
Dans le cas de Montserrat, il a pour effet de limiter les conditions d’établissement et d’emploi des réfugiés en métropole.
Jamais sans doute depuis la décolonisation amorcée par «la perte des Indes» l’empire n’avait été à ce point présent dans les esprits britanniques.
La nostalgie toutefois le dispute à l’ignorance. Un récent sondage Gallup publié par le «Daily Telegraph» révélait que 53% des Britanniques sont persuadés que les Etats-Unis n’ont jamais appartenu à la couronne ou que l’Australie demeure une dépendance. (AFP)


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