Ce fossile, attribué à un «Victoriapithecus», est le plus ancien crâne quasi complet de singe du Vieux Monde connu à ce jour, soulignent Brenda Benefit et Monte McCrossin, de la Southern Illinois University à Carbondale.
Sa morphologie le place sur une branche de l’évolution menant aux cercopithèques (dont les représentants actuels les plus connus sont les singes verts) et aux colobes (gros mangeurs de feuilles des étages supérieurs des forêts africaines).
Il permet de se faire une idée sur l’ancêtre commun des primates dits catarhiniens, c’est-à-dire dotés d’une cloison nasale étroite, caractéristique des singes d’Afrique, d’Asie et de l’homme, et qui les distingue des platyrhiniens d’Amérique tropicale, aux narines fortement écartées.
Mais le grand intérêt de ce victoriapithèque, découvert dans des couches géologiques datées de 14,7 à 16 millions d’années de l’île de Maboko, dans le lac Victoria (d’où son nom), vient du fait que ce crâne étonnamment complet montre une face très prognathe.
«Cette découverte réfute l’idée selon laquelle les ancêtres des singes du Vieux Monde avaient une boîte crânienne haute et arrondie et une face plate, basée sur les ressemblances présumées qu’auraient conservées les colobes et les gibbons», commentent les deux chercheurs américains.
Le petit singe de Maboko pesait 4,5 kilos environ et, comme l’attestent ses dents, se nourrissait de fruits. Il donne un argument à ceux des scientifiques, jusqu’à présent minoritaires, qui pensaient que l’égyptopithèque, au museau long et robuste, vieux de quelque 34 millions d’années, est un meilleur modèle pour les hypothèses de l’évolution qu’un singe hypothétique dont la face s’apparenterait plus facilement à celle de l’homme. (AFP)

