Lampes, vaporisateurs, blocs-notes, casques d’écoute, téléphones portables, pianos électriques, sèche-linge et gants de base-ball sont désormais proposés sur les rayons des supermarchés dans une version résistante aux germes.
L’été dernier, la bactérie E. coli 0-157 avait provoqué une gigantesque intoxication alimentaire. Plus de 10.000 Japonais étaient tombés malades.
Cette année, E-coli ne s’est manifesté que de façon marginale. Mais le pire est pour demain, pensent de nombreux Nippons.
S’engouffrant dans la brèche de cet engouement pour l’antisepsie, les publicités n’hésitent pas à mettre en avant la menace bactérienne pour vanter les mérites des produits d’hygiène.
Selon Katsunori Tanaka, de la chaîne de distribution Daiei, l’effet «E. coli» a entraîné une floraison de ce type d’articles.
«Après l’épidémie de l’été dernier, les ventes ont bondi. Aujourd’hui, presque tous nos magasins disposent d’un rayon spécialement aménagé pour les produits antibactériens».
Ustensiles de cuisine, savons médicaux, linge de maison, coussins, appareils électriques, carnets de chèque ou produits de toilette: le marché de l’aseptisé est pléthorique.
Tendance superficielle
La palme revient à Fujitsu, dont le nouveau modèle de distributeur automatique de billets, mis en service l’an dernier, est doté d’un clavier désinfecté après chaque usage.
Depuis l’annonce, par les autorités sanitaires, que la bactérie 0-157 ne résistait pas à des températures supérieures à 75 degrés, les géants de l’électroménager se frottent les mains: ils espèrent vendre beaucoup de leurs nouveaux lave-vaisselle, qui sèchent les assiettes à cette température.
Les constructeurs automobiles ne sont pas en reste: leurs volants, leviers de vitesse et revêtements de sièges sont désormais proposés en version «hygiéniquement correcte».
Une innovation, à en croire Masata Saito, porte-parole de Nissan, dont l’influence sur les ventes est loin d’être négligeable.
«La bactérie 0-157 y est probablement pour quelque chose, mais de manière générale, les gens sont de plus en plus attachés à la propreté, surtout les jeunes adultes, de 20 à 30 ans».
Pour le psychologue Bob Carlsen, cette tendance n’est que superficielle. Certes, le Japon est un pays où il est très mal vue de se moucher en public et où, en cas de rhume, on porte une sorte de masque chirurgical pour ne pas contaminer son entourage.
Efficacité très
relative
Mais il importe, explique Carlsen, de différencier les comportements en public et en privé des Japonais. «Si vous considérez une cuisine japonaise, ça n’a rien à voir avec une cuisine néerlandaise ou britannique... C’est étonnant de constater à quel point les gens présentent aux autres une image déformée d’eux-mêmes».
Le plus ubuesque, dans cette surenchère antibactérienne, est que nombre de produits n’ont qu’un effet antiseptique très relatif.
«Quand on nettoie régulièrement certains produits traités contre les germes, alors les bactéries sont un peu moins susceptibles de s’y développer», explique Satoshi Fukayama, du Centre d’information des consommateurs japonais.
«Mais certains perdent leur efficacité au bout de quelques semaines ou d’un mois, et d’autres sont à peine différents de leurs homologues sans effet antiseptique annoncé».
Le pire, pour Fukayama, est que la mode des articles antimicrobiens conduit les Japonais à oublier des règles d’hygiène plus classiques.
«Même si votre produit porte la mention «antibactérien», vous devez le laver si vous ne voulez pas que des germes s’y développent... Cette bactérie 0-157 fait peur, alors les gens préfèrent s’en remettre à des produits déjà traités, plutôt que d’adopter eux-mêmes des mesures efficaces». (Reuter)

